La dépendance aux envois de fonds et le travail informel limitent le progrès social en Amérique centrale, selon la Banque mondiale

Le récent rapport de la Banque mondiale « Aperçu économique de l’Amérique latine et des Caraïbes », publié le 8 avril, prévient que les progrès dans la réduction de la pauvreté en Amérique centrale pourraient stagner si les moteurs de la croissance structurelle et de l’espace budgétaire ne sont pas réactivés.

Même si les chiffres de la pauvreté se sont améliorés après la pandémie, « la région est désormais confrontée à des signes de ralentissement, avec des conséquences directes sur les familles les plus vulnérables », détaille la publication.

La persistance de la pauvreté est attribuée à une faible diversification productive, à une forte informalité et à un accès limité aux services de base.

Selon le document, environ 83 % des personnes pauvres travaillent de manière informelle et 60 % ont un faible niveau d'éducation. Les groupes les plus touchés sont les communautés rurales, autochtones et ceux qui dépendent d’emplois sans protection sociale.

Au cours de ce que l’on appelle la « décennie dorée » entre 2003 et 2013, l’Amérique centrale a connu une réduction de la pauvreté grâce à la croissance économique, aux prix élevés des matières premières et à l’augmentation des envois de fonds.

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À l’heure actuelle, des pays comme le Salvador, le Guatemala et le Honduras dépendent considérablement des transferts d’argent de l’étranger, ce qui les rend vulnérables aux variations de l’environnement mondial.

La proportion de la population en situation de pauvreté, mesurée avec le seuil international de 8,30 USD par jour en PPA (pourcentage de pouvoir d'achat) 2021, oscille entre 25% et 40% dans les pays du nord de la région. Ce phénomène persiste particulièrement dans les zones rurales, où le manque d'accès à l'éducation, à la santé et à l'assainissement aggrave l'exclusion sociale.

La difficulté de mesurer avec précision la pauvreté vient de la volatilité des revenus informels. La Banque mondiale propose de combiner les indicateurs de revenu et de consommation pour mieux appréhender la mobilité sociale et la persistance du phénomène : l’intention est d’éviter que des changements temporaires de revenu n’altèrent le diagnostic et masquent des barrières structurelles.

Facteurs qui menacent les progrès dans la réduction de la pauvreté

La reprise économique après la pandémie et l’augmentation des envois de fonds ont facilité les progrès récents, même si la croissance annuelle s’est modérée, se maintenant entre 3 % et 5 %.

Le rapport prévient que si des politiques de relance structurelle ne sont pas appliquées ou si l’espace budgétaire est élargi, la réduction de la pauvreté sera limitée en 2026.

La proportion de la population en situation de pauvreté, mesurée avec le seuil international de 8,30 USD par jour en PPA (pourcentage de pouvoir d'achat) 2021, oscille entre 25% et 40% dans les pays du nord de la région. REUTERS/Eloisa Lopez

Le rapport attribue la persistance de la pauvreté à la combinaison d’un travail informel, d’un faible niveau de scolarité et du manque d’accès aux services de base, ce qui crée un cycle difficile à surmonter. La croissance économique, à elle seule, ne se traduit pas par des bénéfices généralisés ni par davantage de possibilités de mobilité sociale.

Politiques recommandées et expériences régionales

Au sein du bloc centraméricain, la Banque mondiale met l’accent sur le Costa Rica, où l’investissement dans le capital humain ainsi que la protection sociale universelle ont abouti à une baisse des taux de pauvreté et à une plus grande formalité du travail.

Contrairement à cette expérience, des pays comme le Salvador, le Guatemala, le Honduras et le Nicaragua ont du mal à consolider ces acquis en raison de leur dépendance aux envois de fonds et d’une inclusion limitée sur le marché du travail.

Les principales recommandations comprennent la promotion de la productivité, l'amélioration de la qualité de l'éducation, l'extension de la protection sociale et le renforcement de la collecte des impôts. L’objectif est de générer des emplois formels garantissant des revenus stables et favorisant la mobilité sociale.

Selon le rapport, briser le cycle de la pauvreté en Amérique centrale nécessite des politiques globales qui combattent l'informalité, renforcent le capital humain et favorisent la création d'emplois formels.