Le renouvellement de la Cour suprême de justice est le premier test institutionnel majeur de la transition au Venezuela

La formation éventuelle d’une nouvelle Cour suprême de justice (TSJ) apparaît comme l’un des premiers défis de la transition vénézuélienne. Après l’accord trouvé le 12 août 2026 entre les représentants du régime et l’Assemblée nationale en 2015, sous l’accompagnement des États-Unis, le débat a cessé de se concentrer uniquement sur le remplacement des juges et s’est tourné vers une question plus complexe : comment garantir que le nouveau processus ne reproduise pas les vices qui ont érodé pendant des années l’indépendance judiciaire.

Dans une analyse juridique, l'organisation Conciencia es Dignidad soutient que le renouveau complet du TSJ peut devenir une opportunité pour reconstruire la justice au service des citoyens. Mais il prévient que le changement de nom ne suffira pas si la sélection des nouveaux magistrats se fait dans l'opacité, l'ingérence politique ou des règles improvisées.

L'accord prévoit la réforme de la loi organique du TSJ, le renouvellement et l'élargissement de la Commission des nominations judiciaires, l'ouverture d'un nouveau processus de sélection de tous les magistrats et la création d'un organe chargé d'examiner les pouvoirs des candidats. L'ONG souligne toutefois que les règles qui régiront cette procédure ne sont pas encore connues.

Des dizaines de personnes assises à des tables dans un auditorium avec plusieurs drapeaux vénézuéliens en arrière-plan

Le scénario ouvre un dilemme supplémentaire : la Constitution fixe une période de douze ans pour les juges du TSJ, mais si la nomination intervient dans un cadre institutionnel transitoire, la nécessité de nominations provisoires pour deux ou trois ans pourrait se poser. Pour Consciousness is Dignity, il sera mesuré si la transition vénézuélienne peut avancer vers des institutions autonomes ou si elle finira par se retrouver piégée dans les mêmes mécanismes qu’elle cherche à surmonter.

Pour l’organisation, le point de départ est constitutionnel. L'article 264 attribue à l'Assemblée nationale la nomination des juges du TSJ par une procédure avec la participation de la Commission des nominations judiciaires, du Pouvoir citoyen et de la société civile. Cette conception, affirme-t-il, a été conçue pour des institutions fonctionnant dans le cadre d’une normalité démocratique, et non pour un pays essayant de les reconstruire après un effondrement institutionnel prolongé.

Des magistrats vêtus de robes noires et rouges sont assis sur un banc en bois incurvé sous le drapeau du Venezuela

Dans ce contexte, Conscience c'est dignité observe un fait politique pertinent souligné par le politologue José Vicente Carrasquero, à savoir que Jorge de Jesús Rodríguez Gómez a signé l'accord en tant que représentant du Gouvernement national et non en tant que président de l'Assemblée nationale 2025. Il a également souligné l'absence de sceau institutionnel, de papier à en-tête, de numéro ou de date, un élément qui, à son avis, affaiblit la représentation politique de cette Assemblée dans le processus.

La question centrale posée par Conscience is Dignity est de savoir si l’Assemblée nationale de 2025 a la légitimité et l’autorité pour discuter et approuver la réforme qui servira de base à la nomination et à l’assermentation des nouveaux magistrats. Pour l'ONG, toute adaptation réglementaire doit respecter les principes démocratiques, les garanties constitutionnelles et les droits de l'homme. « L’ordre constitutionnel ne peut être rétabli en violant la Constitution », prévient-il.

Le 27 août 2026, le projet de réforme de la loi qui régit le TSJ a été approuvé en première discussion. Même si une modification plus large était attendue, le changement s'est concentré sur la composition numérique du Comité des nominations judiciaires, qui serait composé de 23 membres : 11 adjoints et 12 représentants de la société civile.

Un homme chauve portant des lunettes et un costume bleu parle dans un microphone tout en faisant un geste avec sa main droite

L'organisation rappelle que la participation de députés à la Commission des nominations n'est pas expressément prévue dans la Constitution. Selon lui, même si la réforme modifie la corrélation interne en accordant la majorité aux représentants civils, elle maintient un élément qui contredit l'esprit de l'article 270, selon lequel le comité doit être composé de représentants de différents secteurs de la société.

L’ONG met également en garde contre le risque d’un cercle institutionnel vicieux : une réforme approuvée par une Assemblée favorable au chavisme, validée par des magistrats proches du parti au pouvoir et utilisée désormais comme base pour changer ces mêmes magistrats à travers une autre réforme promue par le même bloc politique.

Avant d'évaluer des curriculum vitae, des diplômes universitaires ou des carrières professionnelles, Conciencia es Dignidad pose une condition préalable : définir qui examinera les exigences et selon quelle méthodologie. L'organisation propose un système de surveillance sociale dans lequel participent des organisations civiles, des universités, des syndicats, des avocats et des spécialistes pour construire des indicateurs vérifiables et suivre chaque étape du processus.

L’objectif, affirme-t-il, est d’éviter que la recherche de l’indépendance judiciaire ne devienne un outil discrétionnaire pour exclure des candidats. Les critères, insiste-t-il, doivent être objectifs, connus à l'avance et également applicables à tous les candidats.

Portrait moyen de Dinorah Figuera vêtue d'une veste sombre et d'une chemise blanche devant un fond beige

Les exigences constitutionnelles au centre du débat. L'analyse s'appuie sur l'article 263 de la Constitution, qui établit les conditions minimales pour adhérer au TSJ : nationalité vénézuélienne de naissance, absence d'une autre nationalité, honneur reconnu, compétence juridique, bonne réputation et carrière professionnelle, académique ou judiciaire suffisante.

La Constitution envisage trois voies alternatives : avoir exercé le droit pendant au moins quinze ans et être titulaire d'un diplôme universitaire de troisième cycle en matière juridique ; avoir été professeur des universités en sciences juridiques au cours de la même période et titulaire de la titularisation ; ou être juge principal dans la spécialité correspondante depuis au moins quinze ans.

Pour l’organisation, ces exigences ne doivent pas devenir de vaines formalités. Pour cette raison, il propose d'examiner les publications juridiques, les décisions judiciaires, les affaires pertinentes et les performances publiques des candidats, afin de déterminer s'ils remplissent la condition de juristes de compétence et de prestige reconnus.

L'un des domaines les plus délicats sera celui de l'indépendance politique. L'ONG se demande s'il suffit qu'un candidat renonce formellement à son appartenance à un parti pour être considéré comme indépendant. Sa réponse est prudente : une lettre peut mettre fin à une affiliation, mais elle n'efface pas des années de liens politiques, de positions, de performances publiques ou de relations de dépendance idéologique.

Des doutes subsistent également quant à la portée de la carrière universitaire. Un avocat peut avoir des décennies d’enseignement, de publications et de reconnaissance universitaire, mais ne pas suivre la voie constitutionnelle s’il n’a pas la catégorie de professeur titulaire. Selon l'analyse, le statut de professeur contractuel, même dans les programmes de troisième cycle, ne satisfait pas à cette exigence de la loi sur les universités.

Plusieurs hommes tiennent une grande banderole blanche avec un texte manuscrit en lettres noires et rouges devant une clôture métallique

L'organisation demande également de définir précisément quels documents démontreront la condition académique requise et met en garde contre la validation de diplômes, de spécialisations brèves ou de diplômes délivrés sans une rigueur suffisante comme équivalents à un diplôme universitaire de troisième cycle en droit.

Un autre point controversé concerne l’expérience professionnelle en dehors du système judiciaire. Conscience is Dignity reconnaît que les avocats possédant une vaste expérience en matière d'arbitrage, de litiges complexes ou de mécanismes alternatifs de résolution des litiges peuvent apporter des mérites pertinents à certaines chambres du TSJ. Toutefois, cette expérience ne peut pas automatiquement être considérée comme une carrière judiciaire.

Quelque chose de similaire se produit avec les procureurs du ministère public ou les défenseurs publics. L'ONG considère que ces parcours peuvent être valorisés au sein de l'expérience professionnelle, mais pas en tant qu'expérience judiciaire.

Il suggère également que les cas de candidats ayant occupé des postes sans concours ou ayant été accusés de participation, de complicité ou de dissimulation de violations des droits de l'homme soient examinés avec une attention particulière.