Le vieillissement démographique et les faibles taux de natalité créent déjà un scénario sans précédent pour l’Amérique centrale, où la fécondité diminue rapidement et soulève des questions sur l’avenir de la région.
Selon le dernier rapport de la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes, la CEPALC, la plupart des pays d'Amérique centrale sont en dessous du niveau de remplacement de la population, même si les progrès sont inégaux.
En 2024, le taux de fécondité mondial en Amérique latine est tombé à 1,8 enfant par femme, dépassant la limite historique de remplacement générationnel de 2,1.
Dans les Caraïbes, ce chiffre est encore plus bas : 1,5 enfant par femme. Le phénomène, qui s'est accéléré depuis les années 1960, présente des rythmes différents. Le Guatemala et le Honduras maintiennent les valeurs les plus élevées de la région, avec respectivement 2,28 et 2,48 enfants, tandis que des pays comme le Costa Rica, le Salvador et le Panama affichent des baisses prononcées.
Alors que le Costa Rica a atteint un taux de 1,32 enfant, l'un des plus bas d'Amérique latine, le Guatemala a été le dernier pays à descendre en dessous de trois enfants par femme : il a atteint ce seuil en 2016. Le Salvador, avec 1,76 enfants, et le Panama, avec 2,11 enfants, marquent un rythme intermédiaire. Le Mexique, qui a atteint le niveau de remplacement en 2016, est tombé à 1,89.
Différences démographiques entre pays et secteurs sociaux
La lenteur de la transition au Guatemala et au Honduras est liée aux inégalités éducatives et économiques, notamment dans les zones rurales. Les femmes rurales moins instruites ont des taux jusqu'à trois fois plus élevés que leurs homologues urbaines plus instruites.

Le rapport de la CEPALC identifie plusieurs causes à l'origine de la baisse de la fécondité : l'accès croissant aux contraceptifs modernes, l'expansion de l'éducation – avec un accent sur les femmes – et la participation des femmes au monde du travail.
Les changements culturels et le retard dans le début de la maternité affectent également le fait que le premier enfant arrive de plus en plus tard.
Fécondité des adolescentes et facteurs explicatifs
En ce qui concerne la fécondité des adolescentes, l'Amérique centrale et le Mexique maintiennent des chiffres élevés, même s'ils sont en baisse. Au Salvador, le taux de grossesse chez les femmes âgées de 15 à 19 ans est passé de 127 pour 1 000 en 1987 à 70 en 2023. Le Costa Rica et le Mexique ont connu une baisse accélérée depuis 2014.

Les inégalités en matière d’accès aux contraceptifs et à la santé reproductive touchent particulièrement les adolescentes et les femmes rurales, qui sont confrontées à une plus grande probabilité de grossesses précoces et non planifiées.
Le faible taux de natalité nous oblige à repenser les systèmes de santé, d’éducation et de protection sociale en Amérique centrale. La CEPALC recommande de renforcer la prévention des grossesses chez les adolescentes, de garantir l'accès aux services de santé sexuelle et reproductive et d'améliorer l'équilibre travail-famille grâce à des services de congés et de soins. La réduction des écarts éducatifs, économiques et ruraux constitue un défi prioritaire.

Perspectives à moyen terme
La baisse soutenue de la fécondité, ajoutée au vieillissement de la population, pose des défis pour la viabilité des systèmes de retraite, l’accès à la santé et la productivité économique.
Cependant, l’Amérique centrale dispose encore d’un dividende démographique qui peut conduire à des améliorations sociales et économiques si les opportunités d’éducation et d’emploi sont exploitées.
La région connaît une transition démographique accélérée et la CEPALC souligne l'urgence d'adapter les politiques publiques pour garantir l'égalité des chances et une réelle liberté dans les décisions reproductives des femmes.