Les pannes d'électricité à Quito et Guayaquil pendant la Semaine Sainte ont relancé les alertes de déficit énergétique en Équateur

Pendant les vacances de Pâques, les usagers de Quito et Guayaquil ont signalé des interruptions du service électrique dans différents secteurs, dans un contexte marqué par les avertissements des experts sur un éventuel déficit énergétique en Equateur. Bien qu'il n'existe pas jusqu'à présent de bilan officiel consolidé détaillant l'ampleur des pannes au niveau national, les épisodes enregistrés ont réactivé le débat sur la vulnérabilité structurelle du système électrique du pays.

Les coupures, dans certains cas intermittentes et dans d'autres pendant plusieurs heures, ont coïncidé avec une augmentation de la demande d'électricité typique des vacances, lorsque la consommation résidentielle et touristique s'intensifie. Cette pression supplémentaire se produit dans un système qui, selon les spécialistes, fonctionnait déjà avec marges réduites en raison de facteurs accumulés au cours des derniers mois.

L’Équateur dépend principalement de la production hydroélectrique pour répondre à sa demande intérieure. Dans des conditions normales, cette source peut représenter entre 70 % et 90 % de la production totale d'énergie. Cependant, cette dépendance implique également une forte exposition aux variations climatiques, notamment en période sèche, lorsque le débit des rivières qui alimentent les principales centrales électriques du pays diminue.

Photographie d'archives montrant un citoyen équatorien vérifiant un compteur d'électricité à Quito (Équateur). EFE/José Jacôme

Fin mars de cette année, le gouvernement de l'Équateur a assuré avoir pris toutes les mesures nécessaires pour éviter les coupures d'électricité programmées, même s'il reconnaît l'existence d'un déficit structurel de production qui perdure depuis au moins 2023. La ministre de l'Environnement et de l'Énergie, Inés Manzano, a déclaré dans un entretien avec Écuavisa que le système électrique est sous pression en raison de facteurs climatiques et opérationnels, mais a exclu que le pays soit confronté à un scénario de pannes généralisées à court terme.

Cependant, les rapports faisant état de suspensions de services sont de plus en plus fréquents.

De même, le manque de pluie dans les principales zones de production hydroélectrique a de nouveau déclenché l’alerte. La réduction soutenue des débits dans le réservoir Mazar, qui fait partie du complexe de Paute, et dans la rivière Coca, qui alimente l'usine Coca Codo Sinclair, compromet la production d'électricité dans deux des infrastructures les plus importantes du système national, responsables d'une part importante de l'approvisionnement énergétique.

Dans ce contexte, plusieurs experts du secteur de l'énergie ont averti que le système est confronté à des tensions structurelles résultant de la combinaison d'une moindre disponibilité de l'eau, des limitations du parc thermal et d'une croissance soutenue de la demande. Ces conditions réduisent la capacité à répondre aux pics de consommation, comme ceux qui surviennent habituellement pendant les longues vacances.

Photographie d'archive du réservoir de Mazar, dans la province d'Azuay (Équateur). EFE/Robert Puglla

L’un des éléments est la capacité de production thermique, qui devrait servir de secours lorsque la production hydroélectrique diminue. Cependant, plusieurs centrales thermiques ont historiquement été confrontées à des problèmes de maintenance, de disponibilité du combustible ou d’efficacité opérationnelle, ce qui limite leur contribution aux moments critiques. À cela s’ajoute le coût élevé de ce type de production, qui implique un impact fiscal important.

Un autre facteur pertinent est la nécessité d’importer de l’énergie des pays voisins, notamment de Colombie, lorsque l’offre intérieure est insuffisante. Cette dépendance extérieure, bien qu'utile comme mécanisme de contingence, expose également le système équatorien aux conditions du marché régional et à la disponibilité d'excédents dans d'autres pays.

PHOTO DE DOSSIER : Vue des installations de la centrale hydroélectrique équatorienne Coca Codo Sinclair à Napo, en Équateur. 1er juin 2018. REUTERS/Daniel Tapia/dossier

La question énergétique a également des implications politiques et économiques importantes. Les interruptions du service électrique affectent directement les secteurs productifs, le commerce et la vie quotidienne des citoyens, ce qui affecte la perception de la gestion gouvernementale. Dans un contexte de forte sensibilité sociale à des questions telles que la sécurité et l’économie, les problèmes énergétiques peuvent amplifier l’usure des institutions.

Au niveau économique, l'utilisation intensive de la production thermique pour compenser les déficits hydroélectriques implique des coûts plus élevés pour l'État, surtout dans un scénario dans lequel les combustibles utilisés pour ce type de production sont généralement subventionnés. Cela accroît la pression sur les finances publiques et limite la marge de manœuvre pour les investissements dans les infrastructures énergétiques.