L'image de plusieurs policiers entrant dans la prison à sécurité maximale d'El Encuentro en tant que détenus résume l'un des défis auxquels l'Équateur est confronté dans sa lutte contre le crime organisé : la prétendue infiltration des institutions chargées de le combattre. Les agents restent en détention préventive pendant que le parquet développe une enquête sur le crime organisé qui révèle une structure dédiée au trafic illégal de carburant et qui, selon les autorités, entretenait des liens avec des opérateurs liés à la mafia albanaise.
L'affaire est née après une enquête qui a identifié un stratagème visant à détourner du circuit légal les carburants subventionnés et à les commercialiser dans le cadre d'activités illicites. Selon l'hypothèse fiscale, l'organisation comptait non seulement des transporteurs et opérateurs privés, mais aussi des fonctionnaires qui auraient utilisé leur position au sein de la Police Nationale pour faciliter le fonctionnement du réseau, comme l'a révélé. Écuavisa.
Les enquêteurs affirment que certains agents en uniforme ont alerté sur les contrôles routiers, coordonné le passage des véhicules transportant du carburant et évité les inspections qui pourraient affecter les opérations de l'organisation. En outre, le dossier comprend des preuves de prétendues altérations documentaires et d'autres actions visant à cacher l'origine du produit et à lui donner une apparence de légalité avant sa distribution.

Pour les autorités, le carburant a depuis longtemps cessé d'être un produit destiné uniquement à la consommation intérieure ou au transport formel. Son prix subventionné en Équateur en faisait un intrant de grande valeur pour différentes économies illégales, capable d'obtenir des profits importants grâce à sa revente ou à son utilisation dans des activités clandestines. Parmi les principales destinations identifiées par les enquêtes figurent les camps miniers illégaux, les machines lourdes utilisées dans des exploitations non autorisées et les navires liés au trafic international de drogue.
Le Parquet soutient que ce marché illicite représente une source stable de financement pour les organisations criminelles qui ont diversifié leurs activités au-delà du trafic de drogue. Dans ce contexte, apparaissent les relations présumées avec des opérateurs associés à la mafia albanaise, des structures qui, ces dernières années, ont renforcé leur présence en Équateur, profitant de la situation stratégique du pays pour l'expédition de cocaïne vers l'Europe.
Diverses enquêtes menées par les autorités équatoriennes et les organisations internationales ont montré que ces organisations établissent généralement des alliances avec des réseaux locaux pour assurer la logistique, le transport, le blanchiment d'argent et la protection de leurs opérations. L'affaire ouverte en Équateur cherche à déterminer si ces liens ont également atteint le secteur du trafic de carburant, considéré comme de plus en plus rentable en raison des profits générés par l'écart entre les prix subventionnés et les valeurs marchandes illégales.

Bien que le processus judiciaire soit encore en phase d'enquête, le Bureau du Procureur a soutenu qu'il y avait suffisamment d'éléments pour demander la détention préventive des policiers enquêtés en raison du risque de fuite et d'ingérence dans l'enquête. Au cours de cette étape, des expertises financières, des analyses documentaires, des contrôles et des interceptions sont effectués dans le but d'établir la structure de l'organisation et le degré de participation de chacun des prévenus.
L'enquête met une nouvelle fois sous surveillance la vulnérabilité des institutions à la corruption liée au crime organisé. Ces dernières années, l'Équateur a poursuivi des juges, des procureurs, des fonctionnaires et des membres des forces de sécurité dans différentes affaires liées à des structures criminelles, un phénomène qui a conduit les autorités à renforcer les contrôles internes et les mécanismes de purge institutionnelle.
Pour l'heure, les policiers accusés maintiennent la présomption d'innocence et c'est le déroulement du procès qui déterminera s'ils faisaient partie d'une organisation criminelle vouée au trafic de carburant. Cependant, le dossier montre déjà l'importance croissante de ce marché illicite dans le financement du crime organisé et confirme que les réseaux transnationaux cherchent à étendre leur influence à travers la corruption des agents publics, dans le but de garantir la protection d'opérations qui vont bien au-delà du trafic de drogue.