Le gouvernement du président Luiz Inácio Lula da Silva a présenté vendredi au Congrès national du Brésil le projet dit de loi anti-faction, une initiative qui durcit les sanctions et établit de nouvelles mesures juridiques pour stopper l'expansion du crime organisé. La proposition a été signée par Lula au cours d'une semaine marquée par une méga opération policière qui a fait 121 morts dans les complexes de Penha et Alemão, à Rio de Janeiro.
Le projet, qui vise à s'attaquer à la violence représentée par des organisations telles que le Comando Vermelho (CV) et le Primeiro Comando da Capital (PCC), sera traité en priorité à la Chambre des députés, selon les déclarations du président de la chambre, Hugo Motta.
Au cours d'une réunion vendredi après-midi, à laquelle ont participé les ministres Ricardo Lewandowski (Justice et Sécurité publique), José Múcio (Défense), Jorge Messias (Défense générale de l'Union) et Sidônio Palmeira (Secrétariat de la Communication sociale), les détails du texte désormais envoyé au Législatif ont été finalisés. Le ministre Lewandowski avait annoncé la semaine précédente que le texte était le résultat d'une « longue discussion avec tous les domaines » et qu'il proposait « de lutter contre la criminalité de manière plus structurante ».
Le projet établit la catégorie pénale des « organisations criminelles qualifiées », avec des peines allant de 8 à 15 ans de prison pour les groupes qui cherchent à contrôler des territoires et des activités économiques par le recours à la violence ou à des menaces. S’il est prouvé que ces crimes incluent un homicide, la peine peut aller jusqu’à 30 ans. La peine maximale pour les délits commis par de simples organisations criminelles est également augmentée, jusqu'à 10 ans.

Parmi les évolutions législatives, se distingue la création d'une « Banque nationale des organisations criminelles », qui rassemblera des données sur les membres des factions et pourra être consultée par tout organisme de sécurité publique. En outre, la justice est autorisée à ordonner une « intervention judiciaire » dans les entreprises liées à des organisations criminelles, y compris la nomination de dirigeants externes et le blocage immédiat des opérations financières et des entreprises soupçonnées de financer des délits.
En ce qui concerne le service public, le projet permet la révocation provisoire des employés qui promeuvent, créent, financent ou rejoignent des organisations criminelles. Les personnes condamnées peuvent être exclues de tout lien avec l'administration publique pour une durée pouvant aller jusqu'à 14 ans.
Le texte propose des améliorations aux mécanismes de « saisie des avoirs », permettant la saisie des avoirs des personnes inculpées ou accusées avant leur transfert au tribunal, à condition qu'il y ait des indications d'origine criminelle. Un autre point prévoit le contrôle, sous autorisation judiciaire, des conversations et réunions de détenus liés à des organisations criminelles, qui comprendrait à la fois des visites physiques et des échanges virtuels.
Pour entraver la communication et l'action des dirigeants criminels, la proposition formalise le transfert des détenus entre les prisons en cas de risque imminent, l'administration pénitentiaire devant en informer immédiatement le juge responsable.
Une facette opérationnelle mise en avant par le gouvernement concerne l'infiltration d'agents et de sociétés fictives dans les structures des bandes criminelles. Celui-ci vise à obtenir des informations essentielles sur le flux opérationnel des factions faisant l’objet d’une enquête.
Le secrétaire spécial du Revenu Fédéral, Robinson Barreirinhas, a annoncé lors d'une conférence de presse que le gouvernement favoriserait la création d'une délégation contre le crime organisé au sein du Revenu Fédéral, en incluant ce dispositif dans un nouveau projet de loi avant la fin de l'année. Barreirinhas a souligné la coordination interinstitutionnelle comme essentielle dans la lutte contre la contrebande et le trafic de marchandises et a signalé la saisie d'environ 160 millions de R$ (environ 29 millions de dollars) de produits illégaux à la fin de l'opération frontalière. Il a également révélé la confiscation de près d'un millier de pistolets lors des actions des derniers jours d'octobre, et a souligné l'importance d'empêcher que ces armes ne parviennent entre les mains d'organisations criminelles.
Sur les réseaux sociaux, Lula da Silva a souligné que le projet « augmente les peines jusqu'à 30 ans pour ceux qui font partie de factions criminelles qui dominent de nombreux quartiers et communautés » et renforce les instruments de l'État et des forces de police pour enquêter et étouffer financièrement ces factions. Selon le président, cette mesure s'ajoute à d'autres actions intégrées entre les organes fédéraux, étatiques et municipaux, et « seul l'effort conjoint de toutes les sphères du pouvoir permettra de vaincre les factions ».
Le processus législatif se poursuivra au Congrès, dans l'espoir qu'il soit traité le plus rapidement possible, conformément à la demande de Lula d'éviter que les divergences politiques n'entravent le progrès des initiatives visant à garantir la sécurité des familles brésiliennes.