Le Premier ministre français a insisté sur le rejet de l'accord commercial entre l'Union européenne et le Mercosur

Le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a jugé « possible » de parvenir à un accord sur le budget 2026 « si l’on met de côté les calculs politiques » et a une nouvelle fois estimé qu’à l’heure actuelle, il n’y a pas de conditions pour que la France soutienne un pacte entre l’UE et le Mercosur.

Dans une courte déclaration télévisée, Lecornu s'est adressé mardi au pays après que l'Assemblée nationale a approuvé à l'unanimité une loi d'urgence pour que, provisoirement, l'État puisse continuer à fonctionner tant qu'il n'y a pas de plan budgétaire public approuvé par le Parlement.

Peu après son intervention, le Sénat français a achevé la validation de cette norme transitoire, également à l'unanimité, avec 344 voix pour et aucune contre.

« Nous avons besoin d'un budget (pour 2026) en janvier et réduire le déficit en 2026 à moins de 5% du PIB », a déclaré le premier ministre, qui a assuré que si cette loi spéciale « durait », il y aurait « de nombreux effets négatifs » pour le pays, faisant allusion à certaines aides qui deviendront inefficaces en 2026 et au coût pour les caisses de l'État du fonctionnement sans comptes, estimé à au moins 12 milliards d'euros.

Premier ministre français Sébastien

Le chef du gouvernement a regretté que les négociations budgétaires entre les deux chambres aient échoué avant le 31 décembre – date théorique pour avoir les comptes – et a donné comme exemple de l'esprit de « dialogue » de son administration l'approbation, avec le vote de l'opposition socialiste, du projet de financement de la Sécurité sociale ce mois-ci.

Lecornu fait face à l'Assemblée nationale française la plus fragmentée de mémoire d'homme, avec trois blocs (centre droit, gauche et extrême droite « macronistes ») considérés comme inconciliables et opposant leur veto.

« Prendre le temps nécessaire pour construire un bon Budget dans une démocratie comme la France n'est pas une faiblesse (…) Un engagement n'est ni une démission ni une confusion », a déclaré celui qui est le quatrième Premier ministre français en deux ans. Deux d'entre eux (Michel Barnier et François Bayrou) ont été défaits respectivement par des motions de censure à l'Assemblée nationale pour leurs projets budgétaires.

Dans une intervention dans laquelle il se projette au-delà du mois de janvier – date limite fixée par le président Emmanuel Macron pour avoir des comptes -, Lecornu a évoqué d'autres projets législatifs comme le « réarmement du pays » et la lutte contre les réseaux de trafic de drogue.

Emmanuel Macron, président de la France

Le Premier ministre a également évoqué la crise agricole que traverse le pays, où le secteur est mobilisé contre l'accord de libre-échange entre l'UE et le Mercosur, et contre la gestion de l'épidémie de dermatose nodulaire contagieuse dans le cheptel bovin.

« Sur le Mercosur, notre position est ferme : nous n'accepterons aucun accord s'il affaiblit nos secteurs agricoles ou s'il impose une concurrence déloyale. Le texte a évolué, mais le contenu n'est pas encore à la hauteur », a prévenu Lecornu, faisant allusion aux modifications des garde-fous demandées par Paris et acceptées par la Commission européenne (CE).

Le président n'a toutefois pas précisé si le délai de janvier était toujours d'actualité, alors que la France est censée se prononcer à nouveau sur l'accord entre l'UE et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay).

La photo de famille de

Justement, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) et les Jeunes agriculteurs (JJAA), deux des principales organisations du secteur, ont été reçues ce mardi à l'Elysée par Macron.

A l'issue de cette réunion, les dirigeants des deux organisations, Arnaud Rousseau et Pierrick Horel, ont affiché leur « ferme opposition » à un accord avec les pays sud-américains, estimant qu'ils « proposent des produits qui ne répondent pas aux normes européennes ».

Pour Rousseau, président de la FNSEA, « l'objectif était de transmettre (au président français) l'extrême tension » dans laquelle vit le monde agricole en France.

Le dirigeant syndical a souligné que Macron « n'a donné aucune indication » sur la position de la France en janvier, lorsque les dirigeants de l'UE se sont réunis pour réétudier l'accord avec le Mercosur.