Le président équatorien Daniel Noboa a déclaré dans son message que le message présidentiel s'inscrit dans la confrontation politique avec le Correismo et suggère une relation directe entre la criminalité, le trafic de drogue et les préférences électorales dans le système pénitentiaire.
Le vote des personnes privées de liberté en Équateur s'effectue sur un registre spécial, différent du registre général. Seules les personnes privées de liberté sans condamnation exécutoire sont autorisées à voter. Ceux qui ont déjà une condamnation définitive n'exercent pas le droit de vote. Cela implique que l’univers des électeurs ne représente qu’une fraction du nombre total de personnes emprisonnées dans le système carcéral, qui dépasse de loin celles qui figurent sur les listes électorales spéciales.
Une vérification effectuée par Chèque Équateurle seul vérificateur indépendant du pays reconnu au niveau international, a conclu que le discours était trompeur. Bien que les pourcentages dévoilés par le président correspondent à des données réelles du Conseil national électoral, la manière dont ils sont présentés omet les conditions essentielles du processus et conduit à une interprétation erronée de la portée du vote dans les prisons.

Selon les informations officielles du CNE, au deuxième tour des élections de 2023, la candidate Luisa González a obtenu 90,78 % des suffrages valables exprimés par les personnes privées de liberté autorisées à voter. Au deuxième tour de 2025, González a atteint 96,11 % des suffrages valables au sein du même groupe. Ces données sont vérifiables et figurent dans les procès-verbaux officiels du corps électoral. Cependant, la vérification prévient que ces pourcentages ne représentent pas « les prisons » dans leur ensemble ni l’ensemble de la population carcérale du pays.
La confrontation entre Noboa et Correismo n’est pas un épisode isolé ni strictement électoral, mais fait partie d’une lutte politique plus large qui traverse l’Équateur depuis près d’une décennie. Après le départ du pouvoir de Rafael Correa en 2017, le mouvement qu'il dirigeait est passé du statut de force dirigeante à celui de principal bloc d'opposition, avec un discours axé sur la dénonciation des persécutions politiques et la défense de son héritage, tandis que les gouvernements ultérieurs ont construit leur légitimité, dans une large mesure, en opposition à ce passé et avec les décisions judiciaires qui ont démontré les crimes contre l'administration publique commis pendant le Correismo.
Noboa est apparu dans ce scénario comme une figure qui a capitalisé sur l’érosion du système politique et le rejet transversal du corréisme dans de vastes secteurs urbains et commerciaux. Depuis la campagne qui l’a mené à la présidence en 2023, son discours conjugue promesse de renouveau générationnel et ligne dure contre l’insécurité et le crime organisé, questions qui sont devenues des axes centraux de son agenda et de sa communication politique.

Dans ce cadre, le corréisme a été présenté à plusieurs reprises comme un adversaire non seulement idéologique, mais aussi moral, associé dans le débat public aux pratiques passées, à l'autoritarisme et, dans certains cas, à la tolérance envers les réseaux criminels, même si ces associations ne sont pas toujours étayées par des preuves judiciaires.
Du côté de la Révolution citoyenne, la stratégie a été de contester ce discours en pointant les incohérences de la politique sécuritaire du gouvernement actuel, en remettant en question l’usage politique de l’état d’exception et en dénonçant une stigmatisation systématique de ses électeurs et de ses dirigeants.
L’allusion répétée aux prisons, à la criminalité et au trafic de drogue dans le discours présidentiel s’inscrit dans cette dispute symbolique, dans laquelle chaque camp cherche à établir des cadres d’interprétation qui dépassent les données concrètes et font appel à des émotions fortes dans un contexte de crise sécuritaire sans précédent.