Le rêve de construire un canal interocéanique au Nicaragua, qui promettait de transformer le pays en une puissance logistique régionale, reste un objectif non réalisé et, pour beaucoup, une « œuvre invisible ». Même si les bulldozers se sont arrêtés il y a près d’une décennie et que la société concessionnaire chinoise HKND Group a disparu du tableau opérationnel, le régime de Daniel Ortega et Rosario Murillo continue d’allouer des fonds publics à une infrastructure qui n’existe pas en réalité, selon América Malls and Retail.
Selon la publication du média spécialisé dans l'actualité du commerce de détail et de la consommation en Amérique latine, lors du dernier cycle budgétaire, le gouvernement a alloué plus de 250 000 dollars à une entité chargée de gérer ce qu'on appelle le Grand Canal du Nicaragua, un projet paralysé depuis 2014 et qui, loin d'avancer, ne survit que dans les documents officiels.
L'Autorité du Grand Canal Interocéanique du Nicaragua, l'organisme public créé pour superviser la construction et l'exploitation éventuelle de l'autoroute, continue de recevoir des allocations budgétaires annuelles. Les ressources allouées ne se traduisent pas en machines ou en progrès tangibles, mais sont principalement consommées en dépenses de fonctionnement : salaires d’un conseil d’administration et du personnel administratif, entretien des bureaux et quelques efforts minimes de relations publiques pour soutenir le discours selon lequel le projet « est toujours en cours ».
Selon l'agence de presse spécialisée, le dernier rapport sur l'exécution du budget révèle que, même si un quart de million de dollars ne représente qu'une fraction des 50 milliards de dollars estimés pour les travaux, le problème central n'est pas le montant absolu, mais la finalité de maintenir en vie un bureau dédié à un projet qui n'existe que sur papier.

En 2014, une cérémonie d'ouverture symbolique et quelques petits travaux sur les routes d'accès ont été réalisés, mais la crise boursière en Chine entre 2015 et 2016 a fait sombrer la fortune de l'homme d'affaires Wang Jing et a complètement arrêté les travaux. Depuis 2019, la chaîne a disparu des radars des investissements internationaux, mais jamais du budget national nicaraguayen.
Le maintien de l’Autorité du Canal n’est pas seulement un problème économique. La loi 840, approuvée en 2013, reste en vigueur et accorde à l'État le pouvoir d'exproprier les terres situées le long du tracé projeté. Cela maintient en haleine des milliers de familles dans le sud du Nicaragua et dans la région du lac Cocibolca, qui vivent dans un état d'insécurité juridique permanente en raison de la menace d'expropriation. Les mouvements paysans ont dénoncé le fait que l’existence de cette « entité fantôme » sert d’outil de contrôle territorial plutôt que de moteur de développement, selon América Malls and Retail.
La détermination du régime d'Ortega et Murillo à ne pas clôturer officiellement le chapitre du Grand Canal répond, selon diverses théories publiées par les médias spécialisés, à des raisons politiques et stratégiques. Admettre un échec total porterait un coup dur au récit du « Nicaragua en tant que puissance logistique », tandis que le poste budgétaire permet de maintenir la fiction selon laquelle le projet est « en phase de planification ou de révision ». En outre, la concession pourrait être utilisée comme un gage dans de futures négociations avec des puissances telles que la Chine ou la Russie, même si le projet ne suscite aujourd’hui aucun réel intérêt. Enfin, les fonds alloués permettent de maintenir les emplois de personnalités politiques proches du parti au pouvoir au sein de la structure étatique.
Tandis que le Nicaragua dépense ses ressources en bureaux vides et en salaires administratifs, ses voisins avancent avec des projets concrets. Le Panama a achevé l'agrandissement de son canal et continue de battre des records de revenus, même pendant les années de sécheresse. Le Mexique, pour sa part, a développé le corridor interocéanique de l'isthme de Tehuantepec, une alternative ferroviaire qui bénéficie déjà d'investissements et de travaux concrets. Pour les citoyens nicaraguayens, le quart de million de dollars alloué annuellement au canal pourrait financer la construction et l'équipement de plusieurs centres de santé ruraux, des programmes de collations scolaires ou des projets de purification de l'eau dans des communautés qui, ironiquement, sont situées à proximité du tracé original du canal, selon América Malls and Retail.

Le Grand Canal du Nicaragua est devenu l’exemple paradigmatique d’une « œuvre invisible ». Sans dragues, sans ciment et sans ouvriers, il ne reste que les écritures comptables et les virements bancaires vers une autorité sans réelles fonctions. La persistance des dépenses ne répond pas à une logique économique ou technique, mais plutôt à la décision politique de ne pas reconnaître l’une des plus grandes promesses non tenues de l’histoire récente de l’Amérique centrale. La transparence dans l'utilisation de ces fonds continue d'être largement absente, tandis que le lac Nicaragua reste intact, sans navires à grand tirant d'eau, mais avec un bureau dans la capitale qui continue d'absorber les ressources publiques.
Le régime d'Ortega et Murillo maintient, année après année, le financement d'une bureaucratie sans but, tandis que les priorités sociales et économiques du Nicaragua restent sans réponse, indique América Malls and Retail. Le Grand Canal, loin d’unir les océans, est devenu un symbole d’opacité, de gaspillage et de contrôle politique au cœur de l’Amérique centrale.