Les familles de cinq jeunes exécutés par les forces vénézuéliennes ont poursuivi Maduro devant la justice américaine

Les familles de cinq jeunes hommes assassinés au Venezuela ont poursuivi Nicolas Maduro devant le tribunal fédéral de New York pour leur exécution extrajudiciaire. La plainte, déposée mardi devant le tribunal du district Est de New York, soutient que l'ancien dictateur a utilisé les Forces d'action spéciale (FAES) pour les tuer entre 2017 et 2021, dans le cadre d'un schéma plus large de violence d'État contre les quartiers populaires.

Le document de 44 pages invoque le Torture Victims Protection Act, une loi fédérale qui permet aux étrangers de poursuivre en justice les actes de torture et les exécutions sommaires commises en dehors des États-Unis. Les plaignants, identifiés sous des pseudonymes pour des raisons de sécurité, rapportent que des agents des FAES ont fait irruption dans leurs maisons à l'aube, vêtus de noir et le visage couvert, ont séparé les hommes de leurs familles et leur ont tiré dessus. Les autorités ont ensuite fabriqué de toutes pièces des versions attribuant ces décès à une confrontation avec la police.

« Maduro a utilisé le FAES comme instrument politique et mécanisme de contrôle social pour réprimer la dissidence, terroriser les quartiers populaires et éliminer l'opposition », affirme le texte judiciaire cité par Loi Bloombergqui ajoute que l’unité est considérée comme un « escadron de la mort ». Les plaignants affirment qu’il n’existe pas de voie judiciaire efficace au Venezuela, étant donné que les responsables de la création du FAES occupent encore aujourd’hui des postes de haut rang.

La FAES a été créée en 2017 en tant que division de la police nationale bolivarienne chargée de lutter contre le crime organisé. Human Rights Watch a depuis documenté une série d'exécutions dans des communautés qui avaient cessé de soutenir le gouvernement, des agents plaçant des armes pour simuler la résistance des victimes. Une mission de l’ONU a conclu en 2020 que les autorités de haut niveau étaient au courant des crimes et y avaient contribué. L'unité a été dissoute en 2021.

Des policiers à moto quittent le centre de détention de Boleíta, où certaines personnes détenues lors des récentes manifestations ont été emmenées, à Caracas, Venezuela, le 1er août 2024 (Photo AP/Matias Delacroix)

Ce procès fait partie d’un dossier international plus large contre le régime. Depuis 2018, la Cour pénale internationale mène une enquête formelle, connue sous le nom de « Situation Venezuela I », pour crimes contre l'humanité qui auraient été commis dans le pays depuis 2014, que la Chambre d'appel a ratifiée en mars 2024 malgré les appels présentés par l'État vénézuélien. En parallèle, un rapport de la Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a documenté en 2019 plus de 6 800 exécutions extrajudiciaires commises par les forces de sécurité vénézuéliennes entre janvier 2018 et mai 2019, et a établi que la FAES était l’unité de police la plus meurtrière, responsable de plus de 64 % des décès examinés cette année-là. Ce rapport a motivé la création, par le Conseil des droits de l'homme, de la Mission internationale indépendante chargée d'établir les faits sur le Venezuela, dont les conclusions servent aujourd'hui de base à une bonne partie des poursuites judiciaires ouvertes contre l'ancien président.

L’affaire arrive devant les tribunaux civils à un moment exceptionnel pour Maduro. Le chaviste, qui a gouverné le Venezuela entre 2013 et 2026, est détenu depuis le 3 janvier au centre de détention métropolitain de Brooklyn, où il est arrivé après une opération militaire américaine qui s'est soldée par sa capture à Caracas. Il fait face à des poursuites pénales pour narcoterrorisme, importation de cocaïne et détention de mitrailleuses et engins destructeurs. Il a plaidé non coupable aux côtés de son épouse, Cilia Flores, également poursuivie.

Lors de sa première comparution devant le juge Alvin Hellerstein, le 5 janvier, Maduro s’est défini comme président du Venezuela et « prisonnier de guerre », et a déclaré qu’il avait été kidnappé à son domicile. Sa défense, menée par Barry Pollack, a déjà remis en question la légalité de l'opération militaire. Selon Le New York TimesMaduro devrait également invoquer l'immunité en tant que chef de l'État pour mettre fin au procès civil.

Le procès civil s’ajoute à d’autres tentatives visant à tenir Maduro pour responsable des abus présumés commis au cours de ses mandats. En Argentine, un tribunal fédéral poursuit une affaire de crimes contre l'humanité depuis 2023, avec un mandat d'arrêt émis en 2024. Depuis 2018, la Cour pénale internationale mène un examen préliminaire sur le Venezuela. Aucun de ces processus n’a jusqu’à présent abouti à une condamnation ferme contre l’ancien président ou contre les commandants des FAES.

Le procès de Brooklyn ne vise pas une condamnation pénale, mais plutôt une indemnisation pour les familles, et constitue la première tentative d’utiliser la procédure civile américaine pour tenir Maduro pour responsable des exécutions des FAES. Son issue dépendra de la manière dont les tribunaux résoudront la question de l’immunité, un débat qui pourrait également peser sur le procès pénal auquel Maduro fait face pour trafic de drogue.