Delcy Rodríguez est arrivée aux Pays-Bas pour représenter le Venezuela devant la CIJ dans le conflit avec la Guyane sur l'Essequibo

La présidente en charge du Venezuela, Delcy Rodríguez, est arrivée ce dimanche aux Pays-Bas pour diriger la défense de son pays dans le différend sur le territoire d'Essequibo devant la Cour internationale de Justice (CIJ) de La Haye. Son voyage marque un moment clé dans le conflit territorial avec la Guyane, dans un scénario international où Caracas cherche à réaffirmer ce qu'elle appelle ses « droits historiques » sur la région en litige. De même, le leader chaviste dirige la délégation vénézuélienne dans un contexte politique particulièrement sensible après l'arrestation de l'ancien dictateur Nicolas Maduro par les États-Unis.

Il s'agit également du premier départ officiel de la responsable en dehors des Caraïbes depuis qu'elle assume la présidence en charge du Venezuela.

Rodríguez a annoncé dans un discours diffusé à la télévision d'État que sa mission principale serait de présenter les arguments du Venezuela devant le tribunal international et de défendre la souveraineté nationale sur l'Essequibo, une zone d'environ 160 000 kilomètres carrés qui constitue près des deux tiers de l'actuel territoire guyanais et abrite d'importants gisements minéraux et réservoirs de pétrole.

« Il est de ma responsabilité de voyager dans les prochaines heures pour défendre notre patrie », avait-il déclaré samedi lors de son apparition à la télévision. La responsable a souligné que sa participation personnelle aux audiences publiques de la CIJ répond à l'importance cruciale que Caracas attache à la controverse frontalière avec la Guyane.

Le processus judiciaire a commencé vendredi dernier et durera jusqu'au 11 mai. Durant ces jours, les deux délégations présentent leurs arguments devant le tribunal, qui analyse la validité des réclamations historiques et juridiques sur l'Essequibo. La délégation vénézuélienne, dirigée par Rodríguez, s'appuiera sur une équipe juridique qui exposera ce qu'elle appelle « la vérité et les raisons historiques » qui soutiennent la revendication nationale sur le territoire.

Un membre de l'Assemblée nationale tient une carte montrant la région contestée d'Essequibo faisant partie du Venezuela (REUTERS/Leonardo Fernández Viloria)

L'intervention du président en charge intervient après les déclarations du ministre vénézuélien des Affaires étrangères, Yván Gil, qui, depuis La Haye, a réitéré la position officielle de son pays. Gil a assuré que la seule manière légitime de résoudre la controverse est la négociation directe entre les parties, sans l'intervention de tiers. « La seule façon de mettre fin à cette controverse est la négociation directe, face à face, sans l'intervention de tiers », a déclaré la chancelière. En outre, Gil a rejeté les arguments présentés par la délégation guyanaise, les qualifiant de « négationnistes » et de « répétitifs », considérant qu'ils nient même la fonction du tribunal international lui-même.

Parallèlement à l'évolution judiciaire, la situation à la frontière entre le Venezuela et la Guyane montre une augmentation des tensions militaires. Les Forces de défense guyaniennes (GDF) ont récemment signalé que leurs patrouilles avaient fait l'objet d'attaques armées à deux reprises alors qu'elles effectuaient des tâches de sécurité sur la rivière Cuyuni, dans la région sept, proche de la zone contestée. « Notre patrouille a fait face à deux reprises à des tirs hostiles », a indiqué le GDF, soulignant que les incidents se sont produits alors qu'ils escortaient des navires civils. Selon le rapport officiel, aucun blessé n'a été signalé, bien que les autorités aient renforcé la présence militaire dans la zone, donnant la priorité à la sauvegarde de l'intégrité territoriale et à la sécurité des communautés frontalières.

Ces événements s'ajoutent à un épisode précédent au cours duquel un militaire guyanais avait été blessé par des coups de feu tirés sur un patrouilleur dans le même secteur. Les autorités guyanaises considèrent ces attaques comme des actes hostiles et ont réitéré leur engagement à protéger la zone contestée.

Ces derniers jours, des incidents ont été signalés à la frontière entre le Venezuela et la Guyane, en plein conflit juridique à La Haye (Photo AP/Juan Pablo Arraez)

L'origine du différend territorial entre le Venezuela et la Guyane remonte à la sentence arbitrale de Paris de 1899, qui accordait la souveraineté d'Essequibo à ce qui était alors la Guyane britannique. Caracas a déclaré cette sentence nulle et non avenue en 1962, alléguant des irrégularités dans le processus. L'un des avocats qui représentait le Venezuela, Severo Mallet-Prevost, a consigné dans un mémorandum posthume la prétendue collusion entre les arbitres, qui aurait conduit à une décision défavorable au Venezuela. En 1966, les deux pays ont signé l'Accord de Genève, qui établit la recherche d'une solution mutuellement acceptable au différend. Pour Caracas, cet accord constitue le cadre légitime pour toute résolution du différend.

La position guyanaise, en revanche, soutient que la voie judiciaire est le seul mécanisme valable pour régler le différend. En 2018, le gouvernement de Georgetown a déposé une plainte devant la Cour internationale de Justice pour demander la reconnaissance de la sentence de 1899 et la délimitation définitive de la frontière. En réponse, le Venezuela a rejeté la compétence de la CIJ, insistant sur la négociation bilatérale comme seul moyen de résoudre le conflit territorial.

Alors que la CIJ analyse les arguments des deux parties, la visite de Delcy Rodríguez aux Pays-Bas représente une démarche diplomatique pertinente de la part du gouvernement vénézuélien. Caracas cherche à renforcer sa position à un moment où la controverse sur l'Essequibo concentre l'attention internationale et où la frontière reste sous surveillance en raison d'une activité militaire accrue. La résolution du tribunal sera décisive pour définir l'avenir du différend historique entre les deux pays sud-américains.