Le gouvernement du président bolivien Rodrigo Paz a gelé le prix du gaz de pétrole liquéfié (GPL) pour une période pouvant aller jusqu'à six mois, comme mesure compensatoire à l'augmentation drastique des prix des carburants enregistrée après la suppression des subventions en décembre dernier. La décision vise à amortir l’impact inflationniste de l’une des réformes économiques les plus profondes mises en œuvre dans ce pays andin au cours des deux dernières décennies.
Le ministre des Hydrocarbures, Mauricio Medinaceli, a annoncé mardi que le prix d'une bouteille de gaz sera fixé à 22,50 bolivianos (environ 3,20 dollars) jusqu'à la mi-2026. Cette mesure répond à la pression sociale générée par la suppression des subventions à l'essence et au diesel, qui ont doublé la valeur de ces carburants et déclenché des protestations dans plusieurs villes du pays.
Paz, arrivé au pouvoir en novembre après près de deux décennies de gouvernements de gauche, est confronté à l'une des crises économiques les plus graves de l'histoire récente de la Bolivie. La suppression des subventions, réalisée le 18 décembre par le décret 5503, a fait passer le prix de l'essence spéciale de 0,53 à un dollar le litre, tandis que le prix du diesel est passé de la même valeur à 1,40 dollar. Le GPL était la seule exception à cet ajustement généralisé.
L'administration de Paz a hérité d'une économie affaiblie par des années de désinvestissement dans le secteur énergétique. L'inflation a clôturé l'année 2024 à 9,97 %, le plus élevé depuis 16 ans, selon l'Institut national de la statistique (INE). À cela s’ajoutent l’épuisement accéléré des réserves internationales, la pénurie chronique de dollars et une pénurie de carburant qui a commencé au milieu de l’année dernière.

Le secteur des hydrocarbures, autrefois moteur de l’économie bolivienne, connaît un déclin dramatique. Les réserves certifiées de gaz naturel sont passées de 8,95 billions de pieds cubes (TCF) en 2018 à seulement 4,5 TCF en 2023, soit une réduction de 50 % en cinq ans. La production quotidienne de gaz naturel a chuté de 59 millions de mètres cubes en 2014 à entre 37 et 38 millions actuellement.
Cet effondrement a des racines structurelles. Entre 2015 et 2019, pratiquement aucun projet d’exploration n’a été réalisé et la pandémie de 2020 a complètement paralysé le secteur. L’ancien président Luis Arce (2020-2025) avait reconnu en 2024 que les réserves « avaient touché le fond » et admis que le gouvernement précédent avait « mangé le gaz » en privilégiant la répartition des revenus plutôt que l’investissement dans de nouveaux gisements.
Medinaceli a souligné que la production de gaz naturel est garantie avec une « forte probabilité » pendant encore trois ou quatre ans. Il a toutefois prévenu que la réactivation du secteur nécessite de modifier la législation sur les hydrocarbures, un défi politique considérable étant donné que le parti de la Paix ne dispose pas de majorité à l'Assemblée législative.

Le gouvernement a imputé la pénurie de GPL enregistrée en janvier aux réseaux de contrebande, qui ont profité de la différence de prix avec les pays voisins où le gaz liquéfié coûte plus de trois fois plus cher. L'entreprise publique Yacimientos Petroliferos Fiscales Bolivianos (YPFB) a été accusée de corruption systématique présumée dans la distribution de carburants subventionnés.
La Bolivie est devenue une puissance gazière régionale il y a plus de dix ans. Le gaz naturel était son principal produit d'exportation, avec des ventes principalement au Brésil et à l'Argentine générant 6 624 millions de dollars en 2014. En 2022, ces revenus avaient chuté à 3 050 millions de dollars, reléguant le secteur au troisième rang des exportations derrière les produits miniers et non traditionnels.
Le défi auquel Paz est confronté est monumental. Il doit réactiver un secteur énergétique en net déclin, réformer une législation que les experts jugent obsolète, négocier avec une opposition qui contrôle le Congrès et gérer les troubles sociaux provoqués par un ajustement économique qui affecte directement les poches de millions de Boliviens. Le gel du prix du GPL n’est qu’un palliatif temporaire dans une crise qui nécessite des solutions fondamentales.