Les attaques contre la presse indépendante au Nicaragua ont acquis une nouvelle dimension, marquée par le transfert des attaques vers la sphère numérique, selon la Fondation pour la liberté d'expression et la démocratie (FLED).
Depuis le début de la répression de la dictature en 2018, l'hostilité a conduit à l'exil de 309 professionnels de la presse et à la fermeture de près de 50 médias.
La FLED, basée au Costa Rica, a fait état dans son rapport annuel d'une augmentation de l'hostilité numérique : 115 violations de la liberté de la presse ont été enregistrées en 2025, contre 81 en 2024.

Le rapport souligne que les stratégies répressives se concentrent désormais sur les réseaux sociaux officiels et les médias numériques, où prolifèrent menaces et campagnes de délégitimation.
74 % des attaques correspondent à des actions verbales, écrites ou numériques, et les discours stigmatisants émanant d'entités officielles et paraétatiques en représentent 13 %.
Cette dynamique rend difficile la communication des faits, accroît l’autocensure et étend le contrôle de l’État sur l’information. « Les réseaux sociaux et le site Internet « El 19 Digital » ont continué à être utilisés comme espaces d'intimidation, de menaces et de délégitimation du travail d'information », a expliqué la FLED.
L'exil en est l'une des conséquences les plus visibles. Au moins 26 journalistes ont quitté le pays en 2025 pour sauvegarder leur vie et leur intégrité. Dans quatre cas, la Direction générale des migrations et de l'immigration a refusé le retour de journalistes après un voyage à l'étranger, les plaçant ainsi dans une situation d'apatridie de facto.

La diminution des sources de coopération internationale a contraint de nombreux journalistes à rechercher des emplois alternatifs, ce qui affecte leur santé physique et mentale.
Les restrictions et l'exode des journalistes ont généré ce que la FLED appelle des « déserts d'information » : 65 % du territoire national reste sous le contrôle de l'information du régime sandiniste, sans présence de médias indépendants dans de grandes régions.
La violence technologique représentait 7 % des cas documentés en 2025, les déplacements forcés et l'usage abusif du pouvoir de l'État 2 % chacun, et les détentions arbitraires et agressions physiques 1 %, selon le rapport.
La dictature de Daniel Ortega et Rosario Murillo affirme que la presse cherche à déstabiliser le pays et à servir les intérêts des États-Unis.

Ce discours a approfondi la stigmatisation et la criminalisation des médias indépendants.
D’autre part, la précarité journalistique s’est accrue après l’assassinat en juin dernier au Costa Rica de l’officier militaire nicaraguayen en exil Roberto Samcam, un événement qui a accru la crainte que la persécution ne dépasse les frontières.

En 2025, la FLED a documenté des cas dans lesquels des journalistes qui tentaient de rentrer au Nicaragua après une mission à l'étranger ont été interceptés à la frontière et refusés l'entrée. L'organisation attribue cela à une politique systématique d'exclusion de l'immigration, qui affaiblit encore davantage la capacité d'information de la presse indépendante.