La frontière de 363 kilomètres qui oblige le Panama et le Costa Rica à travailler ensemble

La première rencontre officielle entre les ministres de la Sécurité du Panama et du Costa Rica a eu lieu à un moment chargé de symbolisme : la frontière qui unit les deux pays et qui, en même temps, les oblige à faire face à des menaces communes allant du trafic de drogue au trafic de migrants et à la traite des êtres humains.

La réunion a eu lieu à la Caserne Progrès du Service National des Frontières (Senafront), dans la province panaméenne de Chiriquí, où le ministre de la Sécurité publique du Panama, Frank Ábrego, a reçu son homologue costaricain, Gerald Campos Valverde. Il s'agit de la première approche formelle entre les deux responsables depuis l'arrivée de Campos au ministère de la Sécurité du Costa Rica, sous la direction de la présidente Laura Fernández.

Au-delà des questions strictement policières, la rencontre intervient à un moment particulier pour la relation bilatérale.

Le Panama et le Costa Rica entretiennent historiquement l’une des relations les plus stables d’Amérique centrale. Cependant, ces dernières années, des divergences liées au commerce bilatéral, aux mesures sanitaires, aux restrictions sur les échanges de produits et aux positions politiques sont apparues qui ont généré des épisodes de tension entre les deux gouvernements.

L'arrivée de Laura Fernández à la présidence du Costa Rica a ouvert une nouvelle étape politique à San José. Bien que les divergences commerciales se soient accrues ces dernières semaines, les deux pays ont maintenu les canaux de dialogue ouverts dans des domaines considérés comme stratégiques, notamment en matière de sécurité, de migration et de contrôle des frontières.

La frontière entre le Panama et le Costa Rica dépasse 363 kilomètres et constitue l'un des corridors terrestres les plus importants d'Amérique centrale. EFE/Marcelino Rosario/Archives

Justement, la frontière commune est devenue l’un des principaux points d’intérêt des autorités.

La frontière entre le Panama et le Costa Rica s'étend sur plus de 363 kilomètres et constitue l'un des corridors terrestres les plus importants d'Amérique centrale. En plus de relier deux économies étroitement liées, il sert de voie de transport de marchandises, de transit de touristes et de mouvements migratoires qui traversent la région.

Paso Canoas concentre l'essentiel des échanges commerciaux et migratoires entre les deux pays, mais ce n'est pas le seul point permettant le transit frontalier. Les passages Río Sereno-Sabalito et Sixaola-Guabito fonctionnent également, utilisés pour les activités commerciales et touristiques et le mouvement quotidien des populations frontalières.

Les autorités des deux pays ont promu des projets de modernisation visant à renforcer les contrôles et à rationaliser la circulation des personnes et des marchandises.

La géographie complexe des frontières représente l’un des principaux défis pour les agences de sécurité. Les secteurs montagneux, les zones forestières et les vastes zones rurales rendent difficile une surveillance permanente et ont historiquement favorisé l'existence de routes informelles utilisées pour le passage des marchandises et des personnes en dehors des contrôles officiels.

Frank Abrego, ministre de la Sécurité publique du Panama, a souligné la nécessité de renforcer la coopération bilatérale pour faire face aux menaces communes à la frontière avec le Costa Rica. Courtoisie

Bien qu’il n’existe pas de chiffre officiel actualisé sur le nombre de passages irréguliers, différentes études et rapports décrivent la frontière comme une zone vulnérable aux activités de contrebande, à la traite des êtres humains et à d’autres crimes transnationaux.

C’est précisément en raison de ces conditions géographiques que le Panama et le Costa Rica ont renforcé la coordination entre les agences d’immigration, de police et de douane ces dernières années. La création de mécanismes conjoints de surveillance et d’échange d’informations vise à fermer les espaces opérationnels aux organisations criminelles sans affecter les intenses échanges économiques et humains qui caractérisent la région frontalière.

Le souci n’est pas mineur. Le Panama et le Costa Rica sont devenus des territoires de transit pour des réseaux criminels qui opèrent à l’échelle régionale et profitent des corridors logistiques pour acheminer la drogue vers les marchés d’Amérique du Nord et d’Europe.

Au cours de la réunion, les délégations ont analysé les principaux défis liés à la criminalité transnationale organisée. Il s’agit notamment du trafic de drogue, du trafic de migrants, de la traite des êtres humains, des crimes environnementaux, de la contrebande et d’autres activités criminelles qui profitent des frontières pour étendre leurs opérations.

Outre Paso Canoas, les postes frontaliers de Río Sereno-Sabalito et Sixaola-Guabito font partie de l'infrastructure qui relie les deux pays. EFE/Unops

Les autorités conviennent que ces organisations ont accru leur capacité à agir simultanément dans plusieurs pays à travers des structures de plus en plus sophistiquées, ce qui nécessite des réponses coordonnées et un échange permanent de renseignements.

Dans ce contexte, le ministre Ábrego a souligné l'importance de renforcer les relations de coopération qui ont historiquement permis aux deux pays de faire face à des défis de sécurité communs.

Pour sa part, Campos a réaffirmé l'intérêt du Costa Rica à approfondir les mécanismes d'échange d'informations stratégiques et à renforcer la coordination opérationnelle entre les institutions chargées de lutter contre les organisations criminelles.

À la réunion ont également participé les autorités de l'immigration, de la police et du contrôle des frontières des deux pays, ainsi que le directeur général de Senafront, Larry Solís.

La réunion a permis l'échange d'expériences en matière de surveillance des frontières, de coordination interinstitutionnelle et de bonnes pratiques pour faire face aux menaces qui affectent également les deux pays.

Le Service national des frontières du Panama mène des opérations permanentes pour lutter contre le trafic de drogue, le trafic de migrants et d'autres crimes transnationaux. REUTERS/Mauricio Valenzuela

L'importance de ce type d'approche a augmenté ces dernières années en raison des changements que connaît l'Amérique centrale.

Outre le trafic de drogue, la région est confrontée à des pressions liées aux flux migratoires qui traversent le continent vers l’Amérique du Nord. Bien qu’une grande partie de l’attention internationale soit concentrée sur la jungle du Darién, les autorités reconnaissent que la gestion de ces mouvements nécessite une coordination tout au long de la route centraméricaine.

Dans le même temps, des crimes tels que le trafic illégal d’espèces, l’exploitation des ressources naturelles et d’autres activités liées à la criminalité environnementale ont commencé à occuper une place plus importante dans les agendas de sécurité des deux pays.

Dans ce scénario, le Panama et le Costa Rica cherchent à consolider une stratégie commune combinant surveillance, échange de renseignements et coopération opérationnelle.

La réunion tenue à Chiriquí n'élimine pas les divergences apparues dans d'autres domaines de la relation bilatérale, notamment en matière commerciale. Cependant, cela envoie un signal clair selon lequel les deux gouvernements considèrent la sécurité des frontières comme un espace où la coopération est essentielle.

Pour le Panama et le Costa Rica, la frontière continue d’être bien plus qu’une ligne de démarcation : c’est un point de rencontre où convergent les défis en matière de commerce, de migration, de développement économique et de sécurité auxquels aucun pays ne peut faire face seul.