L'ONG vénézuélienne Foro Penal a envoyé une lettre au pape Léon XIV, publiée jeudi, dans laquelle elle demande son « intervention » pour promouvoir la libération des prisonniers politiques dans le pays sud-américain.
L'organisation a expliqué, dans un communiqué dans lequel elle a publié la lettre, qu'il y a actuellement 845 personnes détenues pour des raisons politiques, dont 742 hommes et 103 femmes. Sur ce total, 841 sont adultes et quatre mineurs. Dans ce groupe, il y a 97 citoyens étrangers ou ayant la double nationalité.
De même, 689 des 845 prisonniers politiques restent arrêtés sans condamnation, dont beaucoup « en détention préventive prolongée, en violation de la loi et du droit international ».
« Par ailleurs, 37 personnes sont en situation de disparition forcée, ce qui constitue une grave violation des droits de l'homme », a-t-il relevé.
Le Forum pénal a lancé cet appel au pape Léon XIV à la veille de la canonisation du docteur José Gregorio Hernández et de la religieuse Carmen Rendiles, le 19 octobre.
Pour l'organisation, ce fait représente « une opportunité d'inspirer la foi, la réconciliation, le pardon et la liberté, valeurs essentielles pour la paix au Venezuela ».
« Avec cette demande, nous demandons au pape Léon XIV d'accompagner cette cérémonie historique d'un message de paix, de justice et de liberté. Nous voulons que chaque Vénézuélien puisse vivre ce moment de foi avec un cœur libre et sans peur », a déclaré le vice-président de l'ONG, Gonzalo Himiob.
Le 11 octobre, une trentaine de Vénézuéliens, pour la plupart des proches de prisonniers politiques et des militants des droits de l'homme, ont prié sur une place de Caracas leurs deux prochains saints, dans le cadre d'une campagne visant à la libération des prisonniers politiques du pays.
La semaine dernière, la Conférence épiscopale vénézuélienne (CEV) a publié une déclaration dans laquelle elle considère la canonisation des deux bienheureux comme « une occasion favorable pour que les autorités de l'État dictent des mesures de grâce qui permettent aux personnes emprisonnées pour des raisons politiques de recouvrer la liberté ».

De l’avis de l’Église vénézuélienne, cette mesure favoriserait la tranquillité et l’harmonie des parents et amis des prisonniers politiques, ainsi que de « la société tout entière ».
De leur côté, le régime de Nicolas Maduro et le bureau du procureur général nient l'existence de prisonniers politiques dans le pays et insistent sur le fait que ces citoyens sont détenus pour avoir commis divers délits.
En septembre, la Mission internationale d'établissement des faits des Nations Unies a présenté un rapport documentant les détentions arbitraires, les actes de torture et les décès en détention au Venezuela au cours de la période qui a suivi les élections présidentielles de 2024. Le document détaille également la répression intensifiée contre les opposants, les journalistes et les manifestants par le régime chaviste.
Le dossier présenté couvre la période comprise entre septembre 2024 et août 2025 et vise à montrer à la communauté internationale les schémas de répression systématique qui, selon la Mission, persistent dans ce pays des Caraïbes. Le document affirme que la répression post-électorale représente la continuation d'un plan visant à réprimer l'opposition ou ceux perçus comme tels.
Parmi les conclusions les plus pertinentes, la Mission documente de graves violations des droits humains, notamment la détention arbitraire d'adultes et d'adolescents, la torture, les traitements cruels, inhumains ou dégradants, les disparitions forcées et la mort de manifestants. Le rapport indique qu'entre le 28 juillet 2024 et le 12 janvier 2025, 220 arrestations de mineurs ont été enregistrées : 187 garçons, 22 filles et 11 personnes dont le sexe n'a pu être déterminé, âgés entre 12 et 17 ans. Par ailleurs, 30 cas de possibles disparitions forcées ont été signalés, dont 12 répondent à la définition stricte de ce crime, touchant six hommes, deux femmes et quatre mineurs.