Le parquet équatorien a rouvert l'enquête sur la disparition de David Romo après près de 13 ans sans clarifier l'affaire

Près de 13 ans après la disparition de Santiago David Romo Córdova à Quito, le parquet de Pichincha a décidé de rouvrir l'enquête sur une affaire devenue symbole des défaillances structurelles du système judiciaire équatorien face aux disparitions. La résolution annule une tentative antérieure de dépôt de plainte et prévoit la poursuite d'une procédure pendante depuis des années.

David Romo avait 22 ans lorsqu'il a été vu pour la dernière fois le 16 mai 2013. Ce jour-là, il suivait des cours à la Faculté de communication de l'Université centrale de l'Équateur et, selon les reconstitutions du cas, est monté dans un bus dans le nord de Quito pendant la nuit. Depuis, on ne sait plus où il se trouve.

La décision de rouvrir le dossier répond à un élément central : le Bureau du Procureur a déterminé qu'il restait encore des enquêtes et des actions non exécutées qui pourraient être décisives pour établir si la disparition constitue un crime. Ce point est essentiel puisque, selon le cadre juridique équatorien, les enquêtes sur les disparitions ne peuvent être définitivement closes tant que l'on ne sait pas où se trouve la personne ou qu'il n'y a pas d'éléments suffisants pour porter plainte.

David Romo a eu 31 ans. Il a disparu depuis une décennie.

Le dossier de Romo a traversé de multiples étapes, hypothèses et procédures judiciaires sans résultats concluants. Depuis plus d'une décennie, différentes pistes d'enquête ont été traitées, allant d'un éventuel enlèvement à un meurtre. En 2018, une procédure judiciaire a même été ouverte pour un homicide présumé, sans parvenir à clarifier définitivement ce qui s'est passé ni à établir de solides responsabilités pénales.

L'un des aspects les plus controversés de l'affaire a été la possibilité d'une disparition forcée, une hypothèse promue principalement par la famille du jeune homme. Alexandra Córdova, mère de David Romo, a soutenu à plusieurs reprises que l'affaire pourrait impliquer la responsabilité de l'État, soit par action directe, soit par omission dans l'enquête initiale. Cette position a donné lieu à des plaintes visant d'anciens fonctionnaires et opérateurs de justice, ce qui a accru la complexité de l'affaire et sa dimension politique.

Depuis la disparition de David Romo, Alexandra Córdova publie quotidiennement sur les réseaux sociaux combien de jours se sont écoulés sans nouvelles de son fils. Son message non seulement rappelle le nom de David, mais exige que les autorités enquêtent avec diligence, ce qu'elles n'ont pas fait depuis 2013, lorsqu'elles ont laissé passer des preuves qui auraient pu changer le cours de l'affaire.

David Romo a disparu dans la nuit du 16 mai 2013 à Quito.

Le téléphone portable de David, d'où il a passé le dernier appel à sa mère, est essentiel pour comprendre ce qui s'est passé cette nuit-là. Même s’il existait déjà une technologie permettant de suivre les appels en 2013, les autorités ne l’ont jamais fait. La technique de suivi via les téléphones portables est connue pour déterminer la localisation des personnes. Lorsque cela est fait, on détermine à quelle tour de téléphonie cellulaire le téléphone portable était connecté pour passer ou recevoir un appel et ainsi obtenir un périmètre, un emplacement, où se trouvait la personne et comment elle s'est déplacée.

La réouverture de l’enquête répond également à la pression institutionnelle accumulée. Ces dernières années, les agences étatiques et les espaces législatifs ont recommandé de réexaminer les cas emblématiques de disparitions qui n'ont pas été résolus, sur fond de questions sur l'efficacité des institutions chargées d'enquêter sur ces événements. L'affaire Romo a été l'une des plus visibles de cet univers, à la fois en raison de sa durée et de l'insistance de sa famille à le maintenir actif sur l'agenda public.

La décision implique que l'enquête revienne à une phase active. Cela ouvre la possibilité de réaliser de nouvelles expertises, de reprendre des pistes d'enquête non épuisées et, à terme, de redéfinir la qualification de l'affaire. Cela pourrait également impliquer de revoir le travail effectué par les procureurs précédents et de recruter de nouvelles équipes d’enquête.

Le dernier appel entre David Romo et sa mère, Alexandra Córdova, a duré 80 secondes.

Le cas de David Romo a transcendé le champ judiciaire pour devenir une référence dans le débat sur les disparitions en Équateur. Son manque prolongé de définition, les incohérences de l'enquête et la persistance de sa famille ont contribué à rendre visible un problème qui, selon les experts, reste sous-estimé et avec de faibles niveaux de résolution.

Le Bureau du Procureur a indiqué que la poursuite du processus répond également à la nécessité de garantir le droit à la vérité, une protection judiciaire efficace et, à terme, une réparation complète pour la famille. Cependant, le principal défi reste de traduire la réouverture en résultats vérifiables, dans un dossier marqué par l'incertitude depuis près de 13 ans.