Le déficit de capacités institutionnelles et opérationnelles pour faire face au changement climatique continue d'affecter les pays des Caraïbes et d'Amérique centrale, selon une analyse récente de la Coalition thématique sur le changement climatique et la résilience (IBC-CCR) et du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).
Le rapport souligne que, malgré les progrès réalisés dans la région avec l'adoption des contributions déterminées au niveau national (NDC) 3.0, de profondes inégalités persistent qui entravent une action climatique efficace dans les pays les plus vulnérables.
Les CDN, créées dans le cadre de l’Accord de Paris, représentent les engagements nationaux que chaque État assume pour lutter contre le changement climatique.
Ces plans définissent des actions concrètes à court et moyen terme afin de limiter l'augmentation de la température moyenne mondiale à 1,5 ºC, renforcer l'adaptation aux impacts climatiques et garantir un financement suffisant pour atteindre les objectifs.
Tous les cinq ans, les pays devraient revoir et mettre à jour leurs CDN avec des objectifs plus ambitieux, adaptés à leurs capacités et à leur contexte nationaux.
La troisième génération de NDC (NDC 3.0) implique une évolution : les engagements incluent désormais des objectifs plus quantifiés, une meilleure intégration de l’atténuation et de l’adaptation, et une orientation claire vers l’action et le suivi.

Selon le rapport publié par le PNUD, plus de vingt pays d'Amérique latine et des Caraïbes ont réussi à renforcer leurs processus participatifs et à articuler des politiques d'adaptation alignées sur les objectifs de développement durable (ODD).
Des pays comme le Chili, la Colombie, l'Uruguay et le Mexique sont parmi les plus remarquables pour leurs progrès en matière de gouvernance, de développement de systèmes de suivi et d'articulation de cadres fiscaux pour le financement climatique.
L'étude précise que ces pays ont également intégré la gestion des risques de catastrophe et la protection des écosystèmes critiques parmi leurs priorités.
Le rapport prévient toutefois que les progrès dans la région sont inégaux. Dans les Caraïbes et dans une grande partie de l’Amérique centrale, des limitations structurelles conditionnent la mise en œuvre du NDC 3.0. De nombreux pays fonctionnent avec de petites structures institutionnelles, des ministères débordés et des taux de rotation élevés du personnel technique.
« Le manque de ressources humaines et de formation technique restreint l'appropriation et la continuité des processus climatiques », indique le document. Cette situation rend difficile la coordination interinstitutionnelle et la planification à long terme.

En termes de transparence et de responsabilité, l'analyse indique que les systèmes de suivi, de rapport et de vérification (MRV) présentent encore des faiblesses dans les Caraïbes et en Amérique centrale. Actuellement, les mécanismes de collecte de données et de mise à jour des inventaires de gaz à effet de serre progressent lentement, affectant la qualité des informations disponibles et l’accès au financement international.
Selon le PNUD, cette situation compromet la mise en œuvre d'actions d'atténuation et d'adaptation, ainsi que la capacité des gouvernements à répondre efficacement aux événements extrêmes.
Les déficits financiers constituent un autre obstacle souligné dans le rapport. La plupart des pays des Caraïbes, très vulnérables aux ouragans et à l’élévation du niveau de la mer, dépendent du soutien international pour honorer leurs engagements climatiques. Les restrictions budgétaires et les difficultés d’accès aux fonds multilatéraux limitent les investissements dans les initiatives d’adaptation et de résilience.
« Les restrictions budgétaires augmentent le risque que les pertes et les dommages ne soient pas couverts ou suivis correctement », prévient le rapport cité par El País.

Sur le plan technologique, le transfert et l’adoption de solutions propres se heurtent également à des obstacles. Alors qu’en Amérique du Sud des pays comme le Brésil et le Chili encouragent l’innovation et le développement local, dans les Caraïbes et en Amérique centrale, les initiatives ont tendance à avoir une portée limitée et dépendent de la coopération internationale. Le rapport du PNUD souligne que le manque de programmes de formation et de rétention des talents techniques rend difficile la consolidation des capacités nationales.
L’implication des acteurs sociaux et infranationaux, considérée comme essentielle à l’adaptation, reste faible dans de nombreux pays de la région. La participation des communautés locales, des peuples autochtones et du secteur privé n’a pas atteint l’ampleur nécessaire pour garantir une appropriation territoriale efficace ou une large mise en œuvre des politiques climatiques.
Parmi les principales recommandations, l'étude soulève la nécessité pour la coopération internationale et les organisations multilatérales de renforcer le soutien technique et institutionnel, notamment dans les Caraïbes et en Amérique centrale. Le PNUD et l'IBC-CCR suggèrent de consolider les cadres MRV, de promouvoir des formations spécialisées, d'innover dans les schémas de financement et de promouvoir des plateformes de gouvernance qui élargissent l'inclusion sociale et la participation à la conception et au suivi des politiques climatiques.
Le rapport prévient que les différences dans les capacités institutionnelles et opérationnelles peuvent aggraver les écarts de mise en œuvre et limiter les progrès vers une action climatique équilibrée et résiliente dans la région. Surmonter ces défis sera décisif pour que tous les pays d’Amérique latine et des Caraïbes soient en mesure d’atteindre les objectifs fixés dans la NDC 3.0 et de répondre aux défis du changement climatique.