Le Conseil d'Administration Législative (CAL) de l'Assemblée Nationale de l'Équateur a autorisé le début du processus de destitution contre Mario Godoy, président du Conseil Judiciaire, ouvrant la voie à un processus de contrôle politique qui place une fois de plus la fonction judiciaire au centre du conflit institutionnel. La décision permet à la demande de passer aux étapes suivantes prévues par la réglementation législative, sans que cela n'implique encore une déclaration substantielle sur les accusations.
La résolution du CAL est intervenue après avoir vérifié que la demande répondait aux exigences formelles établies dans la Constitution et la Loi Organique de la Fonction Législative. Dans le cadre de la procédure, l'organe administratif du Parlement a ordonné à l'Unité Technique Législative (UTL) d'émettre un rapport technico-juridique non contraignant, dont le contenu a confirmé la recevabilité de la procédure. Fort de ce soutien, le dossier a été transmis à la Commission de Surveillance et de Contrôle Politique, l'organisme chargé de justifier la démarche.
Le procès en impeachment contre Godoy est basé sur des questions sur l'exercice de ses fonctions à la tête de l'organisme qui administre et discipline les juges et les procureurs en Équateur. Parmi les allégations qui ont motivé la demande figurent des irrégularités présumées dans la gestion institutionnelle et des plaintes pour pressions indues qui, selon les promoteurs, compromettraient l'indépendance judiciaire. Godoy a publiquement rejeté ces accusations et a affirmé que ses actions étaient conformes au cadre juridique en vigueur.
Fin décembre, le président de l'Équateur, Daniel Noboa, a publiquement recommandé que Godoy démissionne de son poste une fois qu'il comparaîtra devant l'Assemblée nationale, au milieu du scandale généré par de prétendues pressions indues au sein du système judiciaire et des menaces contre un juge qui a entendu une affaire de trafic de drogue liée à un citoyen serbe. Le président a affirmé que l'État garantira la sécurité du magistrat concerné afin qu'il puisse conclure le procès sans intimidation.
Malgré cette recommandation, après la comparution, Godoy reste en fonction. Le scandale a touché le président du Tribunal national de justice, José Suing, qui a convoqué ce lundi l'ensemble du tribunal pour définir l'avenir de sa position. Suing a recommandé à deux reprises Godoy dans sa liste restreinte pour présider le pouvoir judiciaire.
La décision du CAL n'implique pas la révocation ou la suspension automatique du président du pouvoir judiciaire. Dans cette phase, la Commission de contrôle doit convoquer des comparutions, recevoir des documents et évaluer les arguments des parties. Une fois cette étape terminée, la commission préparera un rapport recommandant ou non des poursuites, qui sera connu de l'Assemblée plénière. Pour une éventuelle censure et révocation, une majorité qualifiée des voix est requise, conformément à la Constitution.

L’avancée du processus s’inscrit dans un contexte de fortes tensions entre les fonctions de l’État et des questions récurrentes sur la gouvernabilité du système judiciaire. Ces dernières années, le pouvoir judiciaire a fait l'objet de critiques pour son rôle dans les concours, les évaluations et les sanctions contre les opérateurs judiciaires, ainsi que pour ses relations avec d'autres organes de contrôle. Le procès en impeachment rouvre le débat sur les limites du contrôle législatif et de l’autonomie du pouvoir judiciaire.
Du côté du parti au pouvoir et des secteurs alliés, on a souligné que la procédure répond à l'obligation constitutionnelle de superviser les autorités, tandis que des voix critiques mettent en garde contre le risque que le processus soit utilisé comme un mécanisme de pression politique sur la justice.

Le président du pouvoir judiciaire doit exercer son droit de défense au cours du processus devant la Commission de contrôle. Si le rapport accusateur aboutit et que les votes nécessaires sont obtenus en séance plénière, l'Assemblée pourrait ordonner sa censure et sa destitution, ce qui ouvrirait un nouveau scénario pour la direction du corps judiciaire. Dans le cas contraire, le dépôt d'un procès en destitution renforcerait la continuité de Godoy au pouvoir et créerait un précédent en ce qui concerne la portée du contrôle parlementaire.
Avec l'autorisation du CAL, le procès en impeachment entre formellement à l'agenda législatif et rejoint une série de processus de contrôle qui ont marqué la période parlementaire actuelle. L’issue dépendra de l’évolution de l’enquête, du rapport de forces au sein de l’Assemblée et de la capacité des partis à soutenir leurs arguments dans un scénario de polarisation institutionnelle croissante.