Une série d'actifs vénézuéliens aux États-Unis restent dans une insécurité juridique après que des représentants du régime chaviste et de l'opposition ont demandé conjointement une pause judiciaire pour coordonner la stratégie juridique sur des actifs clés tels que Citgo et des fonds liés à la société publique Petróleos de Venezuela (PDVSA).
La demande a été acceptée par la juge Sarah Netburn de New York, qui a suspendu pour 45 jours le dossier dans lequel les créanciers tentent d'avancer de l'argent et des propriétés de la compagnie pétrolière nationale.
Le point central du différend est de savoir qui a la légitimité pour parler au nom du Venezuela devant les tribunaux américains.
Ce doute s'est approfondi après que Washington a reconnu Delcy Rodríguez en mars comme autorité intérimaire du pays après la capture et le transfert de Nicolas Maduro aux États-Unis. Fort de ce changement politique, le juge a demandé aux deux parties des précisions sur la représentation légale de l'État vénézuélien et de ses entreprises en litige.
La lettre présentée au tribunal marque un tournant inhabituel : des secteurs en conflit depuis des années explorent désormais une coordination minimale pour empêcher les créanciers de prendre le contrôle d’actifs stratégiques aux États-Unis.
Parmi eux se trouve Citgo Petroleum, la raffinerie basée à Houston, considérée comme le joyau des actifs extérieurs du Venezuela, en plus des comptes, dividendes et autres fonds associés à PDVSA.
Parmi les plaignants figurent des détenteurs d'obligations souveraines et de dettes de PDVSA, des entreprises qui demandent des compensations pour les expropriations réalisées au Venezuela, ainsi que des victimes présumées d'actes de terrorisme qui cherchent à obtenir des jugements sur les biens de l'État.
La définition de la représentation légale sera décisive car en dépend la capacité du pays à soutenir une défense coordonnée et à éviter de nouvelles pertes matérielles.
Depuis 2019, une bonne partie de ces avoirs restait sous le contrôle de structures liées à l'opposition, après les sanctions imposées par Washington à PDVSA. Ce projet a commencé à être examiné après la reconnaissance de Rodríguez, qui prépare déjà des changements dans les conseils d'administration des filiales américaines de la compagnie pétrolière, dont Citgo. Des sources proches de ce processus indiquent que le remplacement des administrateurs pourrait avancer une fois passé le filtre réglementaire du Département du Trésor.

La coordination judiciaire ouvre également une instance de négociation interne sur la manière dont ces actifs seront gérés pendant que les dossiers de dettes et de saisies se poursuivent. Le tribunal a fixé au 21 mai la prochaine date clé, jour où les parties devront informer quel avocat ou quelle équipe juridique assumera en permanence la défense des intérêts vénézuéliens aux États-Unis.
Le contexte politique pèse également sur le débat sur le patrimoine. Le départ de Maduro du pouvoir, l'assouplissement des sanctions contre Rodríguez et le rétablissement des voies diplomatiques entre Caracas et Washington ont modifié la carte du contrôle des avoirs étrangers.
Dans ce nouveau scénario, chavisme et opposition semblent s'accorder sur un objectif immédiat : éviter que le vide de représentation ne finisse par faciliter l'avancée des créanciers sur l'un des derniers grands atouts internationaux du pays.
Au-delà de la trêve procédurale, l’affaire laisse ouverte une question fondamentale sur l’avenir de Citgo et des autres actifs vénézuéliens à l’étranger : s’ils seront protégés par une défense commune ou s’ils redeviendront un autre front de conflit politique et judiciaire entre des acteurs qui s’affrontaient jusqu’à présent pour le contrôle.
La gestion de Rodríguez a été marquée par l'élimination de personnalités clés du chavisme, comme l'ancien ministre de la Défense et l'ancien procureur général, tout en conservant le soutien de dirigeants comme Diosdado Cabello.
La nouvelle approche avec Washington prévoyait également l'ouverture du secteur pétrolier aux investisseurs internationaux et l'acceptation de mécanismes d'arbitrage pour résoudre les différends en cours.
(Avec des informations de Reuters)