Les déplacements internes dus à la violence continuent de marquer la réalité de milliers de familles au Honduras. D'après les résultats du Enquête Permanente auprès des Ménages Polyvalents (EPHPM 2024) et présenté à Tegucigalpa par l'Institut National de la Statistique (INE), au moins 423.845 personnes, soit 4,5% de la population, ont dû quitter leur domicile à un moment de leur vie en raison de situations de violence.
L'étude, préparée avec le soutien du Secrétariat aux droits de l'homme (SEDH), du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et du Centre commun de données sur les déplacements forcés de la Banque mondiale et du HCR, intègre pour la première fois des indicateurs officiels sur ce phénomène dans les statistiques nationales.
La recherche, basée sur un échantillon représentatif de 6.487 ménages et plus de 24 mille personnes, a été réalisée entre juin et août 2024 dans le District Central, à San Pedro Sula et dans diverses zones urbaines et rurales du pays. Les résultats mesurent l’ampleur du problème et permettent d’identifier des modèles clés pour guider les politiques publiques.

L’une des données notables est l’impact différentiel selon le sexe : 55 % des personnes déplacées sont des femmes, ce qui montre une plus grande exposition aux contextes de violence et de vulnérabilité. De même, 38% de la population déplacée correspond à des jeunes entre 15 et 34 ans.
Les enfants sont également confrontés à ce problème. Le rapport indique que 11% des personnes déplacées sont des filles, des garçons et des adolescents de moins de 14 ans, qui courent des risques tels que le recrutement forcé par des groupes criminels ou le déplacement en raison de menaces contre leurs familles.
L'étude souligne qu'une fraction importante de la population touchée a connu une double condition de vulnérabilité, étant déplacée à la fois par la violence et par les catastrophes naturelles, ce qui aggrave leur situation socio-économique et limite leurs possibilités de rétablissement.
Géographiquement, le phénomène est concentré dans les zones urbaines, notamment dans le District Central et à San Pedro Sula, où les niveaux de violence et d'insécurité sont les plus élevés. Au cours de la présentation, le directeur exécutif de l'INE, Rony Pacheco, a souligné que l'incorporation de ces indicateurs représente « un acte de justice sociale », car elle rend visible une réalité qui est restée sous-estimée pendant des années.
Le Secrétariat aux droits de l'homme a souligné que les résultats serviront de base pour renforcer la réponse institutionnelle, en s'alignant sur la mise en œuvre de la loi pour la prévention, les soins et la protection des personnes déplacées à l'intérieur du pays. L'institution a réitéré son engagement à coordonner ses actions avec les autres entités étatiques, la coopération internationale et la société civile.

Du HCR, sa représentante au Honduras, Kathryn Lo, a souligné que derrière chaque personnage se cachent des histoires de vie marquées par la perte et le déracinement, et a reconnu les progrès du pays face à ce défi.
Le rapport propose également des recommandations clés : consolider le système national de réponse aux déplacements forcés internes, faire progresser une politique nationale de prévention, élargir les mécanismes de protection communautaire et générer des espaces sûrs, en particulier pour les enfants et les jeunes.
Elle souligne également la nécessité de garantir les droits fondamentaux tels que l'accès au logement, à la terre et à la propriété, éléments essentiels pour que les personnes déplacées puissent reconstruire leur vie dans des conditions de sécurité, de stabilité et de dignité.