La mort de six personnes privées de liberté au pénitencier du Litoral, enregistrée lundi matin, a une fois de plus souligné l'extrême détérioration des conditions sanitaires dans le plus grand centre pénitentiaire d'Équateur, marqué depuis des mois par des épidémies de tuberculose, de malnutrition chronique et des défaillances structurelles dans l'accès aux soins médicaux. Les corps ont été retrouvés dans les pavillons 3, 5 et 7, sans aucun signe visible de violence, selon les informations préliminaires rapportées par la Police nationale et le personnel du Service national d'attention intégrale aux personnes majeures privées de liberté (SNAI).
La découverte a été signalée vers 9h00 et l'enlèvement des corps a duré jusqu'à 13h00. Les victimes ont été identifiées comme étant Staline S., 30 ans ; José E., 23 ans ; Ronald J., 32 ans ; Diego R., 25 ans ; Juan S., 35 ans, et Eduardo R., 27 ans, tous de nationalité équatorienne. Jusqu'à la clôture de cette édition, le SNAI n'avait pas publié de déclaration officielle sur les causes des décès, qui dépendaient des résultats des autopsies pratiquées à la morgue de Guayaquil.
Bien que les autorités n'aient pas confirmé de diagnostic, ces décès surviennent dans un contexte largement documenté de crise sanitaire au sein de la prison du Litoral. Depuis 2024, proches, organisations de défense des droits humains et personnel médical alertent sur la progression de la tuberculose et l’impact d’une malnutrition prolongée au sein de la population carcérale. En 2025, ces allégations se sont intensifiées avec les plaintes du public concernant des détenus souffrant d’une perte de poids extrême, de maladies non traitées et de retards prolongés dans leur transfert vers les hôpitaux.

Un rapport du Comité permanent de défense des droits de l'homme (CDH), élaboré à l'issue d'une visite judiciaire effectuée en avril 2025, décrit un scénario d'insalubrité généralisée, d'absence d'eau potable et d'électricité dans plusieurs quartiers, de forte surpopulation et de suspension des traitements médicaux faute de coordination institutionnelle. Au cours de cette tournée, le CDH a confirmé la présence de centaines de détenus avec un diagnostic confirmé de tuberculose qui n'avaient pas reçu de médicaments depuis des mois, ainsi que des personnes dans un état critique sans possibilité d'évacuation en raison du manque d'ambulances et des restrictions d'accès imposées par le contrôle militaire.
Les conditions d’alimentation ont également été pointées comme un facteur déterminant. Des proches de détenus ont signalé des irrégularités dans la distribution de la nourriture, des rations insuffisantes et l'exposition des aliments à des conditions insalubres avant leur livraison. Dans le même rapport, on a documenté la présence de récipients contenant du riz infesté de mouches, des aliments exposés pendant des heures au soleil et l'absence de registres permettant de vérifier que le régime atteint effectivement toutes les personnes privées de liberté. Selon les organismes d'accompagnement, cette situation a contribué à l'affaiblissement physique des détenus et à une plus grande vulnérabilité aux maladies infectieuses.
Les six décès de ce lundi s'ajoutent à une série de décès enregistrés ces dernières semaines au pénitencier du Litoral. Selon des publications antérieures, au moins 15 détenus sont morts en quatre jours, également sans signes de violence, ce qui a renforcé les alertes sur les décès dus à des causes liées à la maladie et à la négligence de l'État. Des proches ont souligné que, dans certains cas, les corps restent des heures, voire des jours, dans les services avant d'être évacués, faute de personnel et de protocoles clairs.

La crise s'est étendue au niveau international. En 2025, la Commission interaméricaine des droits de l'homme a accordé des mesures de précaution en faveur de toutes les personnes privées de liberté du centre, estimant qu'elles courent un risque grave et imminent pour leur vie et leur intégrité. Dans ce cadre, l'État équatorien a récemment installé une table d'urgence interinstitutionnelle, visant à faire face à la crise sanitaire, à améliorer la coordination entre les entités et à stopper les décès en détention.
Cependant, les proches des détenus et les organisations de défense des droits de l'homme préviennent que les tableaux et les annonces arrivent tardivement face à une situation qui, selon leurs estimations, a fait des centaines de morts à cause de la malnutrition, de la tuberculose et de l'insalubrité ces dernières années. Ils dénoncent également l’absence de chiffres officiels consolidés et transparents permettant de mesurer l’ampleur réelle du problème.
Alors que les enquêtes sur les six décès enregistrés le 2 février se poursuivent, le pénitencier du Litoral continue d'être un symbole de l'effondrement du système pénitentiaire équatorien, où les décès ne s'expliquent plus seulement par la violence entre bandes, mais aussi par une urgence sanitaire qui continue de faire des morts au sein d'un centre qui reste sous la garde de l'État.