Un rapport de Harvard suggère que Cuba a besoin de changements politiques immédiats pour sortir de ses multiples crises

Cuba ne pourra pas sortir de la crise économique, sociale et institutionnelle sans des changements politiques immédiats qui rétablissent l'État de droit et ouvrent la voie à un gouvernement de transition perçu comme légitime, selon un document préparé par l'Université Harvard.

Le document, intitulé « Rapport du Groupe de travail de Harvard sur l'avenir de Cuba », affirme que la situation sur l'île va au-delà de la détérioration économique. Ses auteurs placent au centre du problème l'érosion de la légitimité politique, le manque de garanties pour l'exercice des droits et l'absence d'institutions assurant un équilibre entre les pouvoirs de l'État.

Selon le rapport, l'administration de Miguel Díaz-Canel n'a pas pu empêcher la détérioration des principaux indicateurs nationaux. Entre 2019 et 2024, le produit intérieur brut cubain a chuté de 11 %, la production agricole de 58 %, le secteur manufacturier de 42 % et l’industrie sucrière a subi une contraction que l’étude qualifie de quasi-disparition.

Une journée à La Havane, Cuba, face à la crise sociale constante qu'elle traverse

Le diagnostic de Harvard décrit un régime doté de capacités limitées pour maintenir les services d’éducation, de santé, sociaux et de protection des citoyens. Le rapport évoque la détérioration du réseau électrique, les pénuries de carburant, les problèmes de distribution d'eau, l'effondrement de la collecte des déchets et le manque de fournitures et de personnel dans les hôpitaux et les écoles.

La recherche alerte également sur la dégradation des indicateurs liés à l’alimentation, à la santé et aux conditions de vie. Selon les données de l'Observatoire cubain des droits de l'homme, huit habitants de l'île sur dix arrêtent de consommer l'un des trois repas quotidiens en raison du manque de ressources. Le panier de base, ajoute-t-il, équivaut à entre 10 et 15 fois le salaire moyen.

Le document indique que la crise énergétique s'est aggravée en raison de la détérioration accumulée des centrales thermoélectriques et de la pénurie de combustible. Il attribue également un impact important aux sanctions appliquées par Washington, qui, selon leurs auteurs, ont aggravé les problèmes de transport, d'accès à la santé et de distribution alimentaire.

Harvard prévient que la crise à Cuba affecte les services éducatifs, sanitaires et sociaux en raison de la détérioration du réseau électrique, des pénuries de carburant et du manque de fournitures. Yamil Lage/AFP)

Le rapport affirme que la Constitution cubaine de 2019 reconnaît les libertés de pensée, d'expression, de presse, d'association, de mouvement et le droit d'habeas corpus, tout en se demandant si ces garanties sont effectivement appliquées.

Les auteurs avancent que le système politique à parti unique et la subordination des tribunaux aux orientations politiques empêchent le fonctionnement équilibré des fonctions législatives, exécutives et judiciaires. En outre, ils remettent en question des réglementations telles que les décrets-lois 349, 370 et 35, qui, selon l'étude, doivent être abrogés en raison de leur caractère répressif et des restrictions qu'ils imposent à l'activité artistique, à l'expression publique et aux contenus diffusés sur les réseaux.

Balance en fer cassée avec cadenas et chaînes sur une assiette et un oiseau en papier s'élevant vers une porte ouverte avec de la lumière en arrière-plan.

Le rapport propose également d'éliminer les sanctions administratives et extrajudiciaires, telles que celles imposées aux soi-disant « parties réglementées », qui peuvent empêcher les citoyens cubains de quitter ou de revenir dans le pays. Pour le groupe de travail de Harvard, ces mesures constitueraient les premiers pas vers un cadre institutionnel fondé sur l’État de droit.

Le rapport identifie une amnistie générale pour les prisonniers politiques comme mesure immédiate, tant pour son impact pratique que pour sa valeur symbolique. La proposition envisage la libération inconditionnelle des personnes emprisonnées pour des actes qui, selon le document, sont protégés par les articles 54 et 56 de la Constitution cubaine.

Harvard soutient que les autorités cubaines doivent prendre l'initiative et agir comme facilitateurs d'un processus pacifique incluant la société civile, les secteurs de l'opposition, la diaspora, la communauté internationale et l'administration américaine. L’objectif serait de créer les conditions d’une transition dotée d’une légitimité interne.

À moyen et long terme, le document soulève la nécessité d'une nouvelle assemblée constituante qui permettrait un débat national reporté depuis des décennies et établirait les bases d'un système démocratique et pluraliste. Le rapport propose également des réformes économiques, un soutien au secteur privé, des mesures d'équité, la récupération des services de base et une plus grande participation de la diaspora à la reconstruction du pays.