La Bolivie a annulé l'accord de coopération militaire avec l'Iran signé par le gouvernement Arce en 2023

Le gouvernement bolivien a confirmé mercredi l'annulation de l'accord de coopération militaire que le président de l'époque, Luis Arce, avait signé avec l'Iran en juillet 2023. Le ministre de la Défense, Marcelo Salinas, a indiqué que l'accord avait été dénoncé il y a environ quatre mois et qu'il n'était plus valable. La déclaration, faite devant les journalistes consultés sur le statut de l'accord, représente la première confirmation publique officielle de sa résiliation.

L'accord a été signé le 20 juillet 2023 à Téhéran par le ministre de la Défense de l'époque, Edmundo Novillo, et son homologue iranien de l'époque, le général de brigade Mohamad Reza Qarai Ashtiani. Le document établit un cadre de coopération en matière de sécurité et de défense qui comprend une assistance à la surveillance des frontières, la lutte contre le trafic et la contrebande de drogue et la fourniture éventuelle de drones militaires iraniens. L'opacité avec laquelle cette affaire a été traitée a suscité des interrogations en Bolivie et une réaction alarmée en Argentine, un pays qui a subi dans les années 1990 deux attentats que la justice argentine a attribués à l'Iran.

23/12/2021 Plusieurs véhicules lors de manœuvres des Gardiens de la révolution iraniens (dossier) POLITIQUE INTERNATIONALE -/IRGC/dpa

Cette annulation est l'expression la plus concrète de l'éloignement de La Paz par rapport à Téhéran depuis l'arrivée au pouvoir de Rodrigo Paz le 8 novembre 2025. Le nouveau président a remis en question dès le début l'orientation diplomatique de ses prédécesseurs vers l'Iran, le Venezuela et Cuba, et a tracé une feuille de route inverse : rétablir les liens avec Washington – rompus en 2008 après l'expulsion de l'ambassadeur américain – et avec Israël, avec qui Arce avait rompu ses relations en octobre 2023 en décrivant Offensive militaire israélienne « disproportionnée » à Gaza.

Le rétablissement des relations avec Israël a été officialisé en décembre 2025. La Bolivie a également supprimé les restrictions de visa pour les citoyens américains et israéliens et s'est retirée du Groupe de La Haye, une coalition qui promouvait des sanctions internationales contre Israël. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a qualifié cette dernière décision de « mesure nécessaire et fondée sur des principes ».

Le contexte régional amplifie le sens de la mesure. Suite aux attaques militaires des États-Unis et d'Israël contre l'Iran et à la mort du guide suprême Ali Khamenei, l'isolement de Téhéran en Amérique latine s'est accéléré. La Bolivie, qui sous Morales et Arce était l’un de ses alliés les plus puissants dans la région, accomplit un virage à 180 degrés en moins de six mois. Washington a suivi de près le processus : le sous-secrétaire d'État Christopher Landau a exprimé, après sa rencontre avec Paz, l'espoir que la Bolivie révélerait la portée réelle des documents signés avec l'Iran au cours des deux décennies du Mouvement vers le socialisme au pouvoir.

Reste à définir si La Paz franchira le pas supplémentaire d'une rupture diplomatique formelle avec Téhéran, ou si elle optera pour une réduction progressive de sa représentation, comme l'anticipent des sources gouvernementales citées par la presse bolivienne.